DJIBOUTI-ÉRYTHRÉE / RAS DOUMEIRA. / ACCROCHAGES DE FRONTIÈRE
Un problème de frontière
Mais lequel ?
Les nouvelles dAddis
COLETTE DELSOL
13 juin 2008
Les accrochages entre troupes djiboutiennes et érythréennes dans la région frontalière de Ras-Doumeira laissent de nombreux observateurs perplexes. Les deux pays semblaient entretenir de bonnes relations diplomatiques et militaires, au moins depuis leur dernier différend en 1996. À tel point que ces relations étroites froissent lÉthiopie qui voit en lÉrythrée un refuge pour les opposants des fronts armés éthiopiens (OLF et ONLF particulièrement) et un havre pour les membres des Tribunaux islamiques somaliens.
Le Premier ministre éthiopien a déjà prévenu que si lÉrythrée attaquait Djibouti, lÉthiopie aurait les moyens de sécuriser le corridor qui la relie à Djibouti. Menace à peine voilée dune intervention armée contre les troupes érythréennes où quelles soient. Quelle serait la réaction des autorités djiboutiennes si lÉthiopie attaquait des troupes érythréennes sur son territoire ?
Alors, pourquoi lÉrythrée se lancerait dans une offensive contre son petit voisin djiboutien ? Déstabiliser la zone, perturber les approvisionnements de lÉthiopie, déjà fortement touchée par la crise alimentaire et pétrolière, créer un nouveau front avec un éventuel soutien de forces armées opposées au pouvoir éthiopien ? Toutes ces hypothèses seraient envisageables si, et seulement si, Djibouti ne pouvait compter que sur sa petite armée. Mais Djibouti a un accord de Défense avec la France et la France dispose sur place de forces militaires, particulièrement aériennes et navales, non négligeables y compris à léchelle de lÉrythrée.
Reste à savoir si Paris serait prêt à engager ses troupes contre lÉrythrée. Jusquici la diplomatie et la Défense françaises sont restées très réservées sur ce sujet. Le Quai dOrsay se contentant dappeler les deux parties à régler diplomatiquement leur différend et à sabstenir de tout recours aux armes.
À Djibouti, sont également stationnées des troupes américaines. Mais les États Unis pourraient-ils se permettre douvrir un nouveau front contre lÉrythrée ? Limplication américaine en Somalie ayant déjà été démontrée ; bombardements ciblés sur des leaders des Tribunaux islamiques, appui aux forces éthiopiennes et somaliennes
La réaction du pouvoir djiboutien à cette occupation érythréenne est elle aussi assez curieuse. LÉrythrée a envoyé dans la zone des personnels (militaires ou civils ?) depuis plusieurs mois. Alors pourquoi avoir attendu si longtemps puis soudainement saisir à grand bruit les instances internationales sil sagissait réellement dune occupation du territoire djiboutien ?
Il est étonnant de constater quau moment même de ces tensions frontalières djibouto-érythréennes se tenaient à Djibouti des négociations de réconciliation somaliennes à légard desquelles lÉrythrée na jamais caché son hostilité. Asmara estimant que cest aux Somaliens et à eux seuls de régler leurs problèmes et quune partie de ces problèmes est due à lÉthiopie et à la présence de ses troupes en Somalie.
Imbroglio frontalier ou huile versée sur un feu déjà très ardent dans la corne de lAfrique, on espère juste que la zone de Ras-Doumeira ne devienne pas un alibi pour des règlements de compte qui la dépasseraient amplement. CD |