DJIBOUTI, OPPOSITION, DISSOLUTION DU MRD
La « machine pour la réélection du président djiboutien » semble mise en marche. La dissolution du MRD entrerait dans ce cadre
Réaction de Ahmed Ibrahim, sympathisant du MRD, à la décision de dissolution de ce mouvement prononcée par le président djiboutien
invité Les nouvelles dAddis
AHMED IBRAHIM
11 juillet 2008
Le gouvernement djiboutien dans une annonce faite le mercredi 9 Juillet a banni le seul parti de lopposition organisée MRD (Mouvement du renouveau démocratique). Cet acte qui a pu surprendre un certain nombre de gens nest pourtant pas totalement inattendu pour les milieux politiques qu sintéressent à la région. En effet, le gouvernement rentre dans une logique bien préparée qui aboutira à la modification de la constitution djiboutienne et la candidature du président djiboutien Ismaël Omar Gelleh, pour un troisième mandat électif. Mandat qui dans la situation actuelle est interdit par la constitution.
Selon des sources bien informées de la politique djiboutienne, la machine pour la réélection du président djiboutien est mise en marche. Ce processus qui se déroulera en plusieurs actes est un projet du cercle rapproché du président.
En acte 1, il faut éliminer le plus crédible des partis de lopposition en loccurrence, le MRD. À observer la scène politique à Djibouti, on sapercevoit que le gouvernement a commencé à faire main base sur la grande majorité des partis politiques organisés. La plupart ont été phagocytés et par conséquent sur le terrain il ny a plus de force dopposition pour ainsi dire organisée et capable de jouer un rôle de contrepoids politique. Dans ce désert monolithique, sélevait la voix-résistance du MRD qui, bon an mal an, attirait les Djiboutiens à la recherche dune véritable alternative à lhégémonie du RPP. À regarder de près, nous pouvons voir que le MRD ces dernières années avait fait lobjet de mesures vexatoires afin de lempêcher dêtre visible sur le terrain. Son journal a été saisi à maintes reprises avant dêtre complètement fermé ; ses dirigeants harcelés et incarcérés. Dernièrement, une loi qui semblait être taillée sur mesure pour empêcher le journal de lopposition le Renouveau de paraître fut votée ; elle préconisait que le rédacteur dun journal distribué sur le territoire de Djibouti soit un résident local. Or cette loi, si elle était appliquée à la lettre, empêcherait par exemple le journal le Monde dêtre distribué et lu à Djibouti.
Dans cette prise pour cible du MRD, les observations politiques du président djiboutien lors des différents interviews à la presse étrangère dévoilaient une préoccupation réelle vis-à-vis de linfluence indéniable que commençait a avoir le MRD dans un pays ou malgré la richesse apparente, une bonne partie de la population reste sous le seuil de la pauvreté et survit grâce aux dons et à lassistance alimentaires des organismes internationaux. Il ne faut aussi attribuer à cette répression contre le MRD et son journal, la dénonciation constante de la conduite des affaires du pays, de la gestion économique, de la corruption qui en découle et dernièrement de la conduite des généraux des forces armées djiboutiennes (FAD) durant la escarmouche avec lÉrythrée pour ce qui commence à paraître comme une erreur stratégique qui a coûté en hommes et matériel sans pour autant récupérer les portions du territoire national occupées par les forces de lÉrythrée.
En acte 2 du processus, le régime sachemine vers un congrès du parti au pouvoir (RPP) qui va plébisciter le leadership du président Ismaïl Omar Guelleh et va officiellement recommander à ce que la constitution soit modifiée afin que ce dernier puisse briguer un troisième mandat présidentiel. Dans cet exercice, le RPP va sappuyer sur des arguments qui vont en partie découler du rôle du président djiboutien dans la région dont ses initiatives pour la paix en Somalie mais aussi pour le progrès économique réel (même sil ne profite pas à tout le monde) du pays ; de même que labsence de leadership alternative (conséquence de lacte 1 du processus) et de la situation de guerre providentielle avec lÉrythrée dans lequel le pays se retrouve.
En acte 3 du processus, le parlement djiboutien sera saisi en séance extraordinaire afin de discuter et de débattre de la proposition du RPP qui soi-dit en passant occupe 100 % des sièges de celui-ci avec les autres partis phagocytés. Après un débat houleux et une longue réflexion, le parlement va adopter à lunanimité et par acclamation la modification de la constitution et va donc permettre au président djiboutien de briguer des mandats successifs sans limites dans la légitimité de la constitution djiboutienne.
Dans cette mise en scène en trois actes, le président djiboutien est ainsi assuré dune réélection à la présidence de Djibouti mais la question qui reste sans réponse est de savoir si ceci rassurera les investisseurs étrangers et les forces des pays occidentaux qui comptent sur un régime stable et équilibré pour garantir leur présence à long terme. Le manque de liberté, la transition du régime vers un système où le pays est identifié à un seul homme, la pauvreté croissante et la cherté de vie malgré une prospérité apparente qui ne profite quà une petite élite nantie et vivant de plus en plus en autarcie du reste de la population peuvent rendre la situation explosive.
Dans un monde où la moindre bavure ainsi que tous les actes du gouvernement sont scrutés à la loupe et observés 24/24, le régime en place à Djibouti prend un pari osé ; il sest engagé vers une voie du quitte ou double. De deux choses lune ; soit Ismaïl Omar Guelleh arrive à gérer la situation convenablement, réussit à redistribuer la richesse, remplace le clientélisme par un système équitable qui donne une large opportunité aux jeunes, résorbe le chômage endémique et prépare le pays à une transition démocratique à la général Musharaf du Pakistan ; soit il ignore le tout, laisse le chaudron exploser, recourt à une répression massive, fait la une des journaux du monde entier, embarrasse les occidentaux présents sur place, apeure les investisseurs et finit par devenir un Mugabe de la corne dAfrique avec à la clef, incertitude, pauvreté et instabilité, avec bien des rêves déçus à commencer par le sien si bien mis en scène par la RTD. AI |