Les nouvelles d'Addis   Magazine – Grandeporte – Négoce
cliquez pour Les nouvelles d'Addis !
la petite boutique Les nouvelles d'Addis
le site internet Les nouvelles d'Addis
I
Dernières nouvelles
I
Lecture thématique
I
Choix de la rédaction
I
Rechercher dans le site
Mot(s) exact(s)
Résultats par page
Point de vue : Djibouti, opposition, dissolution du MRD

POLITIQUES RÉGIONALES, ÉTHIOPIE, AFAR

Issa contre Afar en Éthiopie
La conquête de l’Ouest

Comme le montre l’article de Hamad Bara ci-dessous, l’afar éthiopien est devenu une zone à haut risque, dans le contexte de tension de la sous-région. L’exclusion progressive des Afar, au gré des intérêts des pouvoirs qui se sont succédé à Addis-Abeba, a laissé la porte ouverte à une instabilité grandissante que le pouvoir éthiopien tente aujourd’hui de résorber par l’éviction forcée des Issa. – CD

          
Les nouvelles d’Addis
HAMAD BARA
DÉBUT MARS 2008

          
La nouvelle Constitution éthiopienne, comme toutes ses semblables, garantit la libre circulation des personnes et des biens. N’importe quel citoyen éthiopien peut donc s’installer dans n’importe quelle région du territoire national. Par l’importante activité qu’il génère, l’axe routier Addis-Abeba-Assab (devenu depuis 1999 Addis-Abeba-Djibouti) attire une forte migration intérieure venant grossir les bourgades entre Aouache et Dichotto. L’implantation des Issa le long de ce corridor (spécialement entre Adaytou et Gadamaytou) n’obéit à l’origine à aucune nécessité économique immédiate et s’est opérée en trois vagues principales.

         
Sécurisation routière : le système du “conboy”

La première incursion sérieuse de ce groupe en zone afar date du début des années 60 : avec le soutien des troupes régulières de la jeune République démocratique de Somalie, il attaque le campement de Mullu, à l’époque exclusivement peuplé d’Afar. Ceux-ci, traumatisés par la mort de 500 de leurs hommes entre aube et crépuscule, abandonnèrent cette région très fertile et se replièrent vers Gawani et Buri Modayto, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest. Précisons que pour le Somali, l’ennemi c’est l’Éthiopie chrétienne à laquelle le colonialisme a généreusement donné la région de l’Ogaden ; l’Afar n’étant, dans ce contexte, qu’une victime collatérale.

Après l’échec de l’invasion somalienne de l’Ogaden l’été 1977, le régime djiboutien opéra un revirement spectaculaire en dissociant les intérêts Issa de ceux des autres Somali. Pour récompenser cette rupture de solidarité, le derg accorda au clan Issa un traitement de faveur en facilitant son implantation entre Adaytou et Gadamaytou (1). c’est la seconde vague d’occupation, qui connut son apogée entre 1984 et 1989. (En 1984 tous les salariés et fonctionnaires Issa à Djibouti cotisaient à un fonds spécial servant à financer cette “conquête de l’Ouest”, des éléments de l’armée djiboutienne opérationnelle encadrant la “colonisation” et ses incursions meurtrières ; et en 1989 la décentralisation mise en place par Mengistu donnait enfin aux dirigeants afar de la Dankalie une plus grande marge de manœuvre pour assurer la défense des frontières territoriales de leur autonomie régionale.) En représailles, et confortées par l’avancée décisive des guérillas FPLE et TPLF, des bandes armées Issa commencèrent à sévir entre Millé et Aouache-Arba, en s’attaquant aux camions en provenance des ports d’Assab et de Djibouti. C’est pour combattre cette forme d’insécurité que fut mis en place le système du “conboy” : tous les camions partaient ensemble en convois, lourdement protégés par des véhicules militaires.

         
Soutien à la réinstallation des Issa entre Adaytou et Gadamaytou

Tout naturellement, la troisième vague, consécutive à la prise du pouvoir par la coalition de l’EPRDF, vint à son tour récompenser la contribution des groupes armés Issa (et donc du régime djiboutien) à la déstabilisation du derg par l’insécurité qu’ils faisaient régner sur l’axe routier en zone afar. Alors que, sur sa fin, le derg leur avait interdit toute présence armée à moins de 40 km de cet axe routier, les nouvelles autorités centrales éthiopiennes (avec la complicité du pouvoir régional afar) ont autorisé et même militairement soutenu la réinstallation des Issa entre Adaytou et Gadamaytou (2). Depuis, cette région est devenue une zone de non-droit où aucun représentant de l’état régional afar n’était (et n’est jusqu’à présent) autorisé à s’installer. À tel point qu’après une contrebande florissante favorisée par des officiers et cadres locaux corrompus du TPLF, le drapeau du Killil 5 (état régional somali, capitale Gigiga) commença à y flotter, comme pour matérialiser une revendication territoriale dont la dénonciation, dit-on, a failli coûter la vie au Dr Abdulmajid, victime en 1997 d’un attentat jamais élucidé à quelques dizaines de mètres du ministère de la Défense en plein centre d’Addis-Abeba (3).

Plus grave pour l’Éthiopie, dans l’actuel contexte de guerre avec l’Érythrée et d’enlisement de ses troupes en Somalie, où Djibouti allié à l’Érythrée soutient des intérêts divergents, une récente opération dans un de ces nouveaux villages Issa (dans le secteur de Ambulli), toujours sur cet axe routier, à quelques kilomètres de Gawani, permit à ses soldats de découvrir un véritable arsenal de guerre, dont de nombreuses mines terrestres. Coïncidence ? Quelques jours plus tard, un autobus était victime d’un attentat à la bombe et huit voyageurs trouvaient la mort. Lors d’une descente à Gadamaytou, il y a trois semaines, deux instructeurs érythréens auraient été faits prisonniers parmi les contrebandiers Issa. Si cette information venait à être confirmée, comme fut confirmé le fait que des centaines de démobilisés Issa des forces djiboutiennes de défense et de sécurité armées avaient été entrainés par l’Érythrée durant l’été 2006, vers Obno au sud-ouest du lac Abbé, il serait évident, que la région afar est devenue volens nolens le maillon faible de l’Éthiopie. Même s’il est peut-être un peu tard pour renverser la tendance, le gouvernement central éthiopien aurait donné deux mois aux Issa pour s’éloigner du corridor routier…

         
Gouled à son neveu Ismaël Omar :
« Ne te mêles jamais des affaires intérieures somaliennes »

« Nous devons être les Juifs de la corne de l’Afrique » avait dit en 1977 un ministre Issa de la nouvelle République de Djibouti, pour insister sur la mission historique qu’était censée attendre son clan appelé à un rayonnement régional à partir du foyer djiboutien. Plus de trente ans après, même si cette utopie sectaire semble plus que jamais vouée à l’échec, elle n’en continue pas moins de constituer un facteur supplémentaire d’instabilité régionale et de questionner la République de Djibouti quant à sa raison d’être et sa viabilité. Si les “Djiboutiens” préfèrent se mentir ; si la colonisation les a obligés (mais pas condamnés) à vivre ensemble, il n’en va apparemment pas de même pour l’identité éthiopienne, fruit d’une histoire plusieurs fois millénaire.

Vieux renard, à défaut d’avoir été un sage, Gouled aurait donné deux conseils à son successeur de neveu : – 1) Ne fais jamais la paix avec Dini, ou alors ne le trahis pas ; – 2) Ne te mêles jamais des affaires intérieures somaliennes ou elles te perdront. Faute d’avoir écouté ces deux conseils, celui qui se croit le plus malin vit des moments de plus en plus difficiles qu’il impose aux siens, des trois côtés de la frontière. – HB

         


(1) Il s’agissait à l’époque d’affaiblir des Afar stigmatisés par la farouche résistance qu’opposait le FLA (Front de libération afar) du sultan Ali Mirah, soutenu par les pétromonarchies du Golfe. Ainsi, de Korronti, rebaptisé Shoa Robi, (60 km à l’ouest de Gawani), un pogrom chassa les Afar.

(2) Les affinités entre TPLE (Tigré du Tigray) et Issa (et régime djiboutien) étaient plus larges. Sur proposition du régime djiboutien (sans qu’il n’ait eu toutefois à beaucoup insister) les Oromo furent dépossédés de Diré-Daoua qui devint, comme Addis-Abeba, région à part entière ; et un haut cadre Issa de Djibouti fut nommé député dès la première législature du nouveau parlement central éthiopien, tandis qu’un portefeuille de ministre sera systématiquement dévolu aux Issa dans chaque gouvernement central éthiopien ; et, enfin, la présidence de l’état régional somali, où ils sont archi-minoritaires, est réservé depuis peu à un Issa ayant des liens très étroits avec Djibouti.

(3) Cet été-là, l’Éthiopie extradait vers Djibouti des responsables du Frud ; tandis que Djibouti avait pris l’habitude de livrer à l’Éthiopie des cadres du Front de libétation oromo et du Front de libération de l’Ogaden, souvent passés par les armes ou portés disparus ensuite.
Sous l’égide du pouvoir central éthiopien, une conférence de conciliation s’est tenue l’été 1997 pour tenter de trouver un règlement au litige territorial entre Afar et Issa. Les représentants de l’état régional somali (dont le Dr Abdulmagid, ministre à l’époque) avaient rejeté toute implication dans ce contentieux et même suggéré aux représentants Afar que la recherche d’une solution à l’insécurité que le clan Issa imposait à l’état régional afar passait obligatoirement par Addis-Abeba et… Djibouti ! Quant aux délégués Issa, leur propos fut saisissant de sincérité : « Nous avons déjà confisqué aux Afar tout ce qui est à l’est de l’axe routier. Nous avons l’intention de conquérir ce qui est à l’Ouest. Qu’ils nous en empêchent, s’ils en sont capables. Tout le reste n’est que verbiage inutile ». Sauf que, s’il est facile de se mettre à la disposition d’une puissance, coloniale ou régionale, ayant maille à partir avec les Afar, les choses se compliquent singulièrement quand deux puissances se battent, imposant des alliances inédites.

couverture Les nouvelles d'Addis no 62
Les nouvelles d'Addis no 62
Grandsentretiens
Seyoum Mesfin, ministre des Affaires étrangères de l'É thiopie
Ahmed Dini Ahmed, Djibouti, leader de l'opposition djiboutienne
Front de libération oromo, OLF, rencontre avec le principal mouvement d'opposition armé éthiopien (eng)
• Tous les entretiens
Nouvelles
Rufin élu à l'Académie française
Politiques régionales : Érythrée-Kenya-Afrique, Djibouti-Erythrée-Ras-Doumeira, Afrique-G8, Somalie- Baïkonour
Crises et alarmes : Somalie, Soudan, Ouganda, Éthiopie
Analyses
Région Afar d'Éthiopie, la question des nationalités (eng)
Djibouti-Érythrée : Inquiétudes de la communauté internationale
Somalie, Golfe d'Aden, pirates : La confusion domine
Photojournal
Des clandestins de la corne de l’Afrique jetés à la mer au large de Menton
Image anonyme illustrant le différend frontalier entre Djibouti et l’Érythrée
Brest 2004, l'Éthiopie à l'honneur
Thémas
Photojournal
Vu à la radio
Liste des nouvelles
Liens
Espace Reine de Saba : Rencontres Éthiopie et Arabie du sud
Ville du Blanc-Mesnil : Jumelage Blanc-Mesnil-Debre-Berhan
illalta : En finir avec les mutilations génitales féminines en Éthiopie
I
Sommaire
I
Liens
I
Recherche
I
Liste de diffusion
I
Boutique
I
Espace partenaires
I
S'abonner aux Nouvelles d'Addis
I
Qui nous sommes
I
Nous écrire
I

© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2008.http://www.lesnouvelles.org, version 3.6
Les nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique
Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté
Reproduction de contenus interdite sauf autorisation écrite