SOMALIE / OTAGES FRANÇAIS / RENSEIGNEMENT
Enlèvement des deux agents de renseignement : la France « submergée par une profusion dinformations contradictoires »
Les nouvelles dAddis
COLETTE DELSOL
20 juillet 2008
Après la première annonce de leur enlèvement à Mogadiscio, le 14 juillet (ce nest sans doute quune coïncidence), où ils ont été qualifiés de journalistes, le Quai dOrsay et les autorités françaises ont dû reconnaître que les ressortissants français enlevés étaient plutôt des agents plus ou moins officiellement mis à disposition du gouvernement somalien par le ministère de la Défense. Soit pour préparer la formation de soldats somaliens à Djibouti, soit pour former des troupes délite chargées de la protection du Président somalien. Le but précis de leur mission sera peut-être connu un jour
Leur enlèvement a également donné lieu à de multiples interprétations. Ils ont été, au fil des jours et selon les sources, kidnappés par des brigands qui espéraient une rançon, par les rebelles islamistes al-Shebabs ou Hizbul Islam, par des pirates qui exigeaient la libération de leurs compatriotes détenus en France, par des troupes gouvernementales somaliennes qui les auraient remis aux rebelles ou, selon le Premier ministre somalien, lors dune opération orchestrée par des « cerveaux étrangers » pour « créer de linstabilité dans lensemble de la région ».
Cette surenchère risque de peser lourd sur le devenir des deux otages. Chaque Somalien doit désormais savoir quils ont une valeur marchande ou politique inestimable.
Les responsables somaliens tentent de désamorcer la tension et affirment tout entreprendre pour leur libération et éviter le jugement fatal de la charia, promis par les shebabs à ces deux espions. Le Premier ministre somalien, Omar Abdirashid Sharmarke, nexclue pas une action de force, y compris celle de commandos français si les négociations naboutissent pas, tout en affirmant utiliser des « canaux indirects pour éviter quil y ait des victimes et de mettre un terme aux discussions ». Déclaration venant en contradiction avec celle dun responsable de la police de Mogadiscio, Mohamed Adan, qui avait indiqué que « tous les efforts pour joindre les ravisseurs arrivent à leur terme [
] en raison de la décision des ravisseurs damener les otages devant un tribunal islamique ». Pour sa part, le ministre somalien des Affaires sociales, Muhammad Ali Ibrahim, a déclaré que « le gouvernement français exerce des pressions sur lÉrythrée qui soutient et arme les Shebabs, le Hizbul Islam et dautres extrémistes aussi en Somalie ».
Claude Guéant, le secrétaire général de la présidence française, ne semble pas croire à lhypothèse dun procès selon la loi coranique : « Rien ne nous permet de le penser », dit-il, tout en précisant que les autorités françaises étaient « submergées par une profusion dinformations contradictoires ».
Cette confusion tranche singulièrement avec lattitude adoptée par le (ou les) pays concerné(s) par lenlèvement de trois travailleurs humanitaires, le 17 juillet, à Mandera, ville kenyane frontalière de la Somalie, qui eux ont choisi de ne pas communiquer, ni sur lONG concernée ni sur la nationalité de ces otages, pas plus que sur les conditions de leur détention. Otant peut-être de ce fait toute médiatisation intempestive à leurs ravisseurs.
Un jugement dotages étrangers, selon la charia, serait assez nouveau en Somalie, même si la loi coranique est de plus en plus fréquemment appliquée aux Somaliens eux-mêmes. La menace peut en revanche favoriser une explosion du montant de la rançon exigée pour leur libération. Reste à savoir à qui profite ce crime et les autres. Les prétendants sont légion
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