SOMALIE / POLITICO-TERRORISME
Sanglant attentat-suicide à Mogadiscio : vingt-trois morts, dont trois ministres du gouvernement de transition somalien, trois journalistes et de nombreux étudiants
Les nouvelles dAddis
COLETTE DELSOL
3 à 7 décembre 2009
Mogadiscio, 3/12/2009. Cest lors dune cérémonie de remise de diplômes à des étudiants en médecine de luniversité de Banadir, organisée à lhôtel Shamo, quun kamikaze a déclenché la bombe quil portait sur lui
Parmi les victimes, on compte trois ministres du gouvernement de transition (TFG) : le ministre de l'Éducation supérieure, Ibrahim Hassan Addow ; le ministre de l'Éducation, Mohamed Abdullhai Waayel ; la ministre de la Santé, Qamar Aden Ali. Le ministre des Sports, Suleyman Olad Roble, a été blessé dans lexplosion.
Deux journalistes somaliens figurent également parmi les morts : Mohamed Amin Aden, correspondant de Radio Shabelle et un cameraman travaillant pour la télévision al-Arabiya, Hassan Zuber Hadji.
Des étudiants et enseignants ont été tués ou blessés lors de lexplosion. Ali Yassine Gedi, vice-président de l'Organisation Elman pour la paix et les droits de l'homme, a parlé de quarante blessés, dont le doyen de la faculté de médecine qui aurait été évacué en avion vers le Kenya.
Bien que lattentat nait pas été revendiqué, tous les soupçons se portent sur les miliciens dAl-Shebaab qui avaient déjà tué le ministre de la Sécurité intérieure, le colonel Omar Hashi Aden, et provoqué la mort de dix-neuf autres personnes dans un hôtel de Beledweyne, en juin dernier, dans un attentat similaire contre un hôtel de la ville.
Le 17 septembre, Al-Shebaab avait revendiqué un double attentat-suicide à l'aéroport de Mogadiscio contre le quartier général de lAmisom, lors duquel vingt-et-une personnes avaient été tuées, dont dix-sept soldats ougandais et burundais de la paix, parmi lesquels le numéro deux de la force, le général burundais Juvénal Niyonguruza.
Lattentat de jeudi visait probablement les membres du TFG présents à la cérémonie. Mais les circonstances et le contexte particulier (présence de nombreux jeunes étudiants en médecine) le rendent significatif de lobjectif dintimidation visé par les miliciens dAl-Shebaab et du Hezb al-Islam. Toute coopération avec le TFG et, au-delà avec toute organisation internationale ou pays étranger, constitue pour les Somaliens un risque majeur.
Si les journalistes somaliens payent encore un lourd tribut en perdant deux des leurs dans lattentat, ici ce sont aussi des jeunes et leurs enseignants un espoir pour la Somalie qui se trouvent fauchés.
Il ne sagit plus de résistance, mais bien de terrorisme ; pour tuer des officiels, on nhésite plus à tuer des dizaines de civils. Reste à savoir si les puissances occidentales vont se mobiliser pour juguler lascension des miliciens dAl-Shebaab et du Hezb al-Islam ou laisser les Africains et leurs maigres forces de lAmisom tenter déviter la naissance dun nouvel Afghanistan dans la corne de lAfrique.
Poser la question cest y répondre. Aucun pipeline ne traverse la Somalie. Pour les occidentaux, mieux vaut donc pourchasser les pirates somaliens qui sattaquent aux navires marchands et aux pétroliers qui croisent au large. CD |