DJIBOUTI / OPPOSITION ARMÉE
Djibouti : Les affrontements entre les combattants du Frud et larmée se multiplient. Pourquoi ? Quen est-il du seul pôle de stabilité régional ?
Depuis le début du mois de mai, lArmée nationale djiboutienne (AND) mène des opérations dans le nord et le nord-ouest de Djibouti contre les rebelles du Front pour la restauration de lunité et de la démocratie (FRUD). Les accrochages se multiplient entre les deux camps et les intimidations contre les populations civiles, soupçonnées de soutenir les rebelles, prennent une ampleur nouvelle.
Les nouvelles dAddis
COLETTE DELSOL
31 mai 2010
Au début de ses opérations, lArmée nationale djiboutienne semblait hésiter à pousser ses offensives, préférant tenter dobtenir la coopération des populations locales par des ratissages dans les villages, des arrestations de civils et des violences, y compris sur des femmes ou des enfants. Depuis le 15 mai, larmée a apparemment reçu lordre de mener plus loin ses opérations.
Le 19 mai 2010, alors quIsmaël Omar Guelleh, le président djiboutien, déclarait au Conseil de sécurité de lONU que les combattants du FRUD étaient « une bande de malfaiteurs infiltrés par lÉrythrée », des éléments de son armée étaient attaqués à Margoïta (nord-ouest du district de Tadjourah). Trois soldats auraient été tués et douze blessés, selon le FRUD.
À son retour à Djibouti, Ismaël Omar Guelleh a voulu renforcer loffensive et déployer ses troupes dans de nouvelles zones afin que la région soit totalement sous contrôle. Un des points visés était celui de Moussa Ali (situé à sept heures de marche de lÉrythrée et cinq heures de lÉthiopie). Un problème logistique sest alors posé, celui des mines encore très présentes dans la zone. Afin de limiter les risques, une partie des militaires auraient réquisitionné des dromadaires, ce qui place ces soldats à égalité avec les combattants du FRUD au moins en matière de moyens de locomotion
Le 28 mai, le FRUD a mené une attaque contre un casernement de campagne de larmée à Bouya (près de la frontière éthiopienne). Deux soldats auraient été tués et un autre, grièvement blessé, aurait succombé à ses blessures lors de son tranfert ; sept autres auraient été blessés et évacués par hélicoptère. Des combattants du Frud auraient été légèrement blessés lors de ces affrontements.
Le lendemain, 29 mai, de nouveaux combats ont éclaté à Eshatou Asmadera (trente-cinq kilomètres dObock). Les troupes gouvernementales sont arrivées en force dans cette région montagneuse, mais, selon des témoins, elles semblaient peu enclines à lancer loffensive. Un soldat aurait été tué pendant ces accrochages et trois autres blessés.
Une source proche du Frud fait état de vives tensions dans les régions de Mabla, Moussa Ali et Bouya et daccrochages sporadiques aux environs dAssa Gueïlla et Dorra. On rapporte aussi des échanges de coups de feu entre militaires Afars et Issas de lArmée nationale djiboutienne. Les premiers sopposant aux représailles des seconds contre des civils Afars à Bouya. Des civils arrêtés auraient été relâchés après ces altercations. On ne dispose pas dinformation du gouvernement ou de larmée concernant ces combats.
Le calendrier de ces opérations militaires dans le nord et le nord-ouest de Djibouti semble calqué sur celui du Président djiboutien et sur ses intérêts à court ou long terme. Dabord son déplacement à New York pour plaider sa cause devant le Conseil de sécurité concernant le différend frontalier de Doumeira, qui oppose Djibouti à lÉrythrée. Dossier dans lequel plusieurs pays arabes, dont le Soudan, ont proposé leur médiation.
Le Sommet Afrique-France 2010 était aussi loccasion de présenter une nouvelle fois Djibouti comme seul pôle de stabilité dans la Corne de lAfrique image écornée par ce climat de tension intérieure.
La perspective de la prochaine présidentielle, en 2011, peut également conduire le Président à tenter dinstrumentaliser ce conflit avec le Frud pour rendre les Afars responsables de linsécurité du pays et obtenir ainsi le soutien de tous les Issas.
Pour sa part, dans un communiqué daté du 30 mai, le Frud « impute lentière responsabilité de cette escalade à lentêtement du régime à senfermer dans une logique guerrière, plutôt quà favoriser la résolution pacifique des causes des conflits ». CD |