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Récit de voyage
Juillet 2000, Addis-Abeba Voyage tant attendu, pour ramener à Liège une princesse amhara. Je pars pour une semaine qui va durer six mois. Des extraits de son journal de voyage ont été publiés dans Les nouvelles d'Addis n°20, novembre-décembre 2000 ; voici la version intégrale. Nous avons conservé la graphie de l'auteur concernant la transcription des mots amhariques et des noms éthiopiens. Les thèmes. Ce journal, traité dans le plus pur style du journal de voyage, consigne les émerveillements, doutes, coups de gueule du voyageur découvrant un pays pauvre et fascinant. Ne surtout pas chercher là une analyse socio-politique ou autre : entrer dans le parcours du narrateur, comme lui en Éthiopie, sans apriori. Addis-Abeba (la ville, les gens, le travail, les choses) ; des gens font du béton ; un taxi déglingué ; émotions à l'orphelinat ; rencontre du nouvel enfant ; un mariage éthiopien ; un peu de "vacances". AL
En introduction, un extrait dune lettre du 2 février 2000 Je viens de voir à la FNAC Toulon une exposition de photos sur le thème Afrique, avec notamment des clichés du Tchad, du Kenya, dÉrythrée, du Rwanda, mais aussi dÉthiopie. Je nen croyais pas mes yeux, et chaque photo je lai scrutée au millimètre pour en retirer toute la mlle, men imprégner en pensant à cette petite fille qui va faire son bonheur dans un pays ami. Je pleure en écrivant ces phrases. Et cest bon. Mais bon Dieu de bonsoir, nest-ce pas le problème le plus important et le plus cuisant dans notre monde que celui des enfants ? Pour nous, adultes et rabougris, lidéal nest-il pas de redevenir tout simplement des enfants ? En dehors de lenfance, il ny a point de salut, et on a beau sintrospecter, sanalyser, se donner une conscience bonne, soi-même, nous entendrons toujours les cris de lenfant qui a faim, les cris de lenfant quon brutalise, quon martyrise, lenfant qui souffre, lenfant quon prostitue pour le plaisir immonde de cafards bien nantis, lenfant qui a froid, lenfant sans parents, sans amour, sans tendresse, lenfant qui cherche une mère, un père, une vie, oui, lenfant qui saigne, lenfant qui meurt de vouloir la vie, qui appelle, qui crie, qui nen peut plus de supporter sa vie. Et cet enfant tout nouveau, tout beau, éclatant du désir de vivre, je lai vu, je lai senti, il a frotté son âme à la mienne, il ma appelé, interpellé, et cest le chant le plus doux et le plus tendre, le plus humain et le plus sauvage que jaie jamais entendu. Il a pour nom Amanuel. Il a été sauvé du désastre, lui. Et les autres débris denfants, qui meurent de tristesse, dincompréhension, et du déséquilibre de notre monde croulant, quen avons-nous fait ? Rien. Un trou. Une balafre sur un arbre. Un néant tout noir. Ils sont morts pour que nous soyons heureux de vivre. Alors, réjouissons-nous de notre bonheur insolent dans lequel nous sommes si malheureux. Mangeons jusquà plus faim, et que ces enfants ne le sachent surtout pas. Cueillons les maladies qui seront soignées dans des institutions aseptisées, et pourtant, pour ces petits bouts, hygiénique nest pas périodique mais étonnant, rare, incroyable même, et révoltant. Dieu me pardonne dêtre sorti des sons usuels de lestime et du vouloir-bien-être, mais mon cur a saigné, et il le fera encore. Alors, ne me pardonne pas, et écoute avec moi tous les cris qui peuplent cette terre ! Tu nes rien, je ne suis rien, tant que ce monde peut encore rire de ceux qui ont faim. De ceux qui sont méprisés, malmenés, reniés, ensevelis sans un mot de tendresse. Et si tu les vois, ces verrues du monde, ne détourne pas ton regard mais aiguise-le, car quand cet humain, femme, homme, ou enfant, et surtout enfant, viendra nous demander des comptes, nous devrons nous faire tout petits, minuscules devant leur grandeur. Je noublierai jamais cet extrait de la Bible : Ton nom est « ce que tu as été dans lépreuve ». Mais quelle épreuve ? Cest bien entendu un bon point si nous arrivons à nous dépatouiller de nos épreuves à nous, et sans faire chier le monde. Nous devons nous armer pour résister à toutes sortes dagressions. Et les épreuves des autres ? Et les épreuves de tous les innocents ? Cela me donne envie daller chercher à Addis ou au Tigray des enfants que nous pourrons mazouter, et que je pourrai faire passer pour des oiseaux migrateurs sur les plages de Bretagne. Notre terre nest-elle pas la leur ? Julos Beaucarne, de Tourine-la-Grosse, Brabant, Wallonie, Belgique, disait « Mon terroir cest les galaxies ». Eux aussi. Mais ce ne sont pas les illères dun Haile Selassie, ou les idées soi-disant progressistes dun Mengistu ou dun Zenawi qui vont donner à ces enfants une vie dans laquelle leur descendance se réjouira de vivre en un pays de miel. Nous. Il ny a que nous. Il ny a que ceux qui croient qui pourront témoigner. |
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© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2005. http://www.lesnouvelles.org Les Nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique. Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté. |