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Récit de voyage
Mars à juin 1999, Éthiopie. Katia Girma réalisait une étude sur les formes populaires modernes (argot) de lamharique des villes et des campagnes. Nous lui avions demandé de tenir un feuilleton. Compte-rendu d'immersion, en quatre volumes. 1) Retrouvailles, prise de marques et rencontres plus ou moins convenues. -- Workitchu le jeune marchand. -- Célébrations de Pâques. -- Un mariage chrétien. 25 et 25 mars 1999. -- Lavion est arrivé en retard. Mes amis ont beaucoup attendu. Jai écrasé ma larme quand le zinc sest posé. Tradition ! La guerre ne fait pas beaucoup de remous dans la capitale. Jai vu deux ou trois affiches où Issayas Afeworki se fait tordre le cou ; je vais essayer den prendre une photo. En marchant du côté de Mesqel adebabay (2), jai remarqué que les mendiants ny étaient pas. Il semble quils étaient tous allés à léglise. Pendant le carême (Yefassika Tsom), cest là-bas que ça se passe visiblement. Aujourdhui (vendredi), jen ai vu beaucoup du côté de Piassa. Et surtout à côté de la Mosquée. Et puis, finalement, jai retrouvé la faune habituelle vers la poste principale et limmigration sefer'. Aussi à côté de lécole Téqur Ambessa, qui côtoie Guebre Mariam (3). À part ça, jai rencontré Bertrand Hirsch au CFEE (4). Sa secrétaire ma expliqué quon na plus besoin de passer par lopératrice pour téléphoner à létranger. Cétait incommode. Il y a quatre ans, seules certaines maisons étaient connectées à linternational. Celle des japonais que je squattais un peu, par exemple. 27 mars 1999. -- Aujourdhui était jour de fête pour les musulmans. Je suis allé chez Micky. Déborah a arrangé le coup sur le pouce et cétait délicieux. Jai laissé tout ce que je devais apporter à Ato Ali (5) là-bas. Je dois lappeler pour quon déjeune ensemble chez Micky demain. À la télé, ils faisaient un programme unique : spectacle pour les soldats qui, là-bas, se battent. Mahmoud (6) était de la partie, vêtu dun treillis qui ne ma absolument pas charmée. Je le préfère vraiment en blanc. Après, je suis allée au Awraris Hotel, où Jean-Luc se morfond paraît-il depuis quelques jours. Jai pas mal parlé avec lui et sa compagne. Ils ont quelques problèmes Je vais essayer de les brancher avec Abeba, des fois quelle puisse les conseiller ou les aider Je me rends compte, en écoutant le récit de leurs malheurs, que ma façon de vivre ici est décidément très atypique. Par exemple, les taxis. Pas moyen pour eux de prendre un tacot collectif. Ils ne parlent pas lamharique, ne connaissent pas bien la ville Donc, ce qui nous coûte 90 c. à deux leur coûte 10 birr, après trois plombes de marchandage. 28 mars 1999. -- Aujourdhui, grand récapitulatif à propos de la guerre à la télé. Images (parfois terribles) à lappui ; grande énumération du nombre de morts, blessés et hors de combat dans les rangs ennemis ; de celui des chars détruits (brûlés) ou capturés, des armes prises aux shaebias (8) et du reste. Je vais voir ce quils disent demain dans les journaux. Je navais pas entendu les chiens jusquici. Je me disais même quils avaient disparu. Ce soir (plus de minuit), ils font un concert. Un ou deux hurlent à la mort et les autres, des dizaines dautres aboient autour. Ils sont donc toujours vivants
31 mars 1999. -- Hier, mardi, je suis allé voir M. Baldwin, de Tranco (9), avec Ali. Il ma paru très sympathique, mais surtout, amical et franc par rapport au journal. Cétait une rencontre agréable et surprenante : il parle japonais ! Ali attendait le tarif et tout le tremblement pour commencer à prospecter vraiment (10). Sur les ventes du n°9, Baldwin doit lappeler dès quil aura rassemblé chiffres et invendus. Lundi (29/3), jétais passé par hasard devant Bookworld (11). Je suis entrée pour voir si le journal était en vue : il ny en avait plus. Mardi, le n°10 était en vente avec les autres revues françaises. Notre format, au milieu des revues 21 x 29,7, nous avantage. Je ne sais pas quand je vais partir à Shashemené. Jai beaucoup de choses à régler ici. Hier, jai aussi rencontré le Dr Berhanou et Alain Thomas. Ce dernier ma présenté le directeur éthiopien de lalliance, mais je nai pas imprimé son nom. Ato Berhanou donnait une conférence (en français) pour présenter son livre (12). Malheureusement, jai du partir avant la fin parce que javais un rendez-vous téléphonique. Enfin, ce que jen ai suivi était intéressant. Hirsch était là. Les livres en amharique ont augmenté ; terriblement augmenté. En fait, leur prix a doublé, voire plus. Le niveau de vie des gens est encore plus quinsuffisant et ils ne peuvent plus acheter de bouquins. Et moi, ça va membêter pour en acheter à mes amis, comme jai lhabitude de le faire. Voilà. 3 avril 1999. -- Soirée à lAmbassade. Ou plutôt, chez Denis Gaillard (13). Jy ai rencontré, en vrac : Ato Dawit Demessié, Denis Gérard, Alula Pankurst et sa femme Qondjit, et dautres. Bertrand Poissonnier, archéologue, nous a raccompagnés en pick-up. Soirée sympathique. Ah oui, jai aussi rencontre Fasil (14) le frère de Samson. Il faut aussi que je parle des décès ici. 9 avril 1999. -- Je voulais écrire quelques pensées à propos de Workitchu. Cest le petit gars qui tient le souk à côté de chez nous. Il doit avoir une dizaine dannées. Il nest pas allé à lécole mais il fait son boulot comme un grand gars. Cest comme ça ici, il faut trimer. Comme ce nest pas moi qui vais changer les choses, je me contente de ladmirer. Puis-je avouer que jaime le regarder travailler, tellement ses gestes sont précis et efficaces ? Il pèse, fait tomber les résidus de la pelle dun petit coup sec -- tac ! -- avant de peser une autre denrée. Il emballe tout ça dans des poches en journal et sexcuse platement quand il na plus de poches pré-faites et quil est obligé de servir le café ou le sucre dans un bout de journal informe. Jaime aussi quand il calcule. Il galère un peu mais ne note pas : tout dans la tête. Workitchu, tu es grand ! 11 avril 1999 -- Workitchu a treize ans. Il nest jamais allé à lécole, il me la dit. Je lui ai proposé de lui apprendre le syllabaire, il est daccord. Il ma dit que le cahier et le stylo, il les auraient. On se dit quil fera des lignes quand il naura pas de clients. Il na pas de congés On va voir. Les festivités de Pâques battent leur plein. Le carême tsom (deux mois) se termine en apothéose par la Semaine Sainte (Mammat). Pendant celle-ci, on doit sabstenir de tout propos désagréable ou médisant, ne pas faire de mal, et éviter tous les travaux pénibles. Le samedi, la messe commence à 10h00 et finit à 6h00 du soir. Pour vendredi et dimanche, je dois redemander. En tout cas, dans la nuit de samedi à dimanche, cest de 22h00 à 3h00 du mat. Retour sur le téléphone : en fait, ça a lair dêtre pas total la couverture de linternational. De la maison, pas moyen de faire sans lopératrice. Et il paraît que ça coûte très cher. Aujourdhui, vernissage à lAlliance. Expo de photos anciennes et modernes. Belle expo, bien ficelée par lami Denis Gérard. Il était fier de son coup, parce quil y avait beaucoup de monde. Beaucoup plus que dans ce genre dexpos. Peut être parce que le sujet était très intéressant. Plus que le précédent. Hier, jeudi, les prêtres ont sorti les Tabot (16) de Saint-Yared (léglise à côté de la maison). Jy suis allée. Jai bu de leau bénite (cétait seulement la quatrième fois depuis que je suis arrivée) et jai écouté, salué, regardé. Il y avait un mariage. Le moushra et la moushrit étaient tout de blanc vêtus, couronnées comme il se doit. On ma expliqué que, puisquils se mariaient jeudi à léglise, le mariage civil se ferait deux jours plus tard, samedi. Encore deux jours après, lundi, ça sera le mels et jeudi le qelqel (le qelqel est toujours le jeudi). -- Mels : visite de la famille du marié (mushra) à celle de la mariée (mushrit). Qelqel : linverse. 17 avril 1999 (8 miazia 1991). -- Il faut trois témoins femmes pour lépousée et trois témoins hommes pour lépoux. En général, les trois jeunes femmes sont habillées à lidentique et les habits loués à la journée (surtout les robes des femmes, dont 90% sont à leuropéenne). Ceci pour la partie civile, qui se passe samedi ou dimanche dans un parc.
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© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2005. http://www.lesnouvelles.org Les Nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique. Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté. |