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Katia Girma Mars à juin 1999, Éthiopie. Voyage d'étude mais pas seulement page 4/4 4) Baptème en famille. -- Purification au jet d'eau bénite. -- La jeune fille en transe sous l'eau : « Laissez-nous ! On peut sasseoir tout seuls ! » -- Jour kaki à la télé. -- Promenades à Baher-Dar, la cité du vélo. 23 mai 1999 (15 Genbot 1991). -- Semaine très calme à Addis. Jai continué mon ramassage argotique, toujours aidée par mes amis qui prennent mon sujet à cur. Peut-être parce quil est atypique. Aujourdhui ma journée a commencé tôt. Javais promis à ma belle-sur de venir au baptême de son deuxième fils. Ce sacrement est donné dans un petit bâtiment à lécart de léglise, le dimanche à six heures du matin. Je rejoins ma belle-famille en courant. Le papa du bébé est venu me secouer les puces (oui, au propre et au figuré), jétais un peu en retard. Jassiste, impressionnée à la cérémonie. Le prêtre ne dit pas de messe, comme je lai vu faire en France, ou bien cétait avant mon arrivée ; il baptise lenfant et lui noue un cordon autour du cou qui pourra, si la famille nest pas assez fortunée pour y ajouter une croix, rester lunique et immédiatement identifiable signe dappartenance de lenfant à léglise Tewahedo. Après le baptême, je reste pour la messe avec ma belle-sur la plus âgée. Jessaye de tout faire bien, comme lors de la veillée de Pâques, mais cest difficile, je nai pas appris à quel moment on doit sincliner ou se prosterner. Avec toute la bonne volonté du monde, jai presque toujours un temps de retard. Au moment où les femmes de notre famille entrent dans léglise, je refuse de me joindre à elles. Je narrive pas à leur dire que je ne pense pas être assez pure (en fait, je létais, après comptage approfondi
). Bien, jentre. Et là ça se complique pour la petite parigote que je reste malgré tout. Cétait un coup monté. Le vieux prêtre, très gentil, attendait avec son jet deau (bénite et glacée) terminé par une pomme darrosoir, pour me doucher. Dûment déshabillée (jai bien essayé de faire celle qui ne comprenait pas bien, mais on ma expliqué clairement avec douceur, mais fermeté ), je me livre donc au jet et aux applications de la croix, grande, en bois. En fait, le prêtre me tape le dos, les bras et le front (moins fort, heureusement !). Jai du mal à respirer, mais je comprends instinctivement quil vaut mieux ne pas se plaindre. En plus, pour mencourager, mon mari se soumet au même traitement. « Ça ne fait jamais de mal », quils disent. Moi, jai peur de tomber malade (Katia de peu de foi !). Après la douche, le prêtre moint lintérieur des poignets et le front. Il mexplique que je suis bénie par lhuile sainte, que je ne dois embrasser personne, ni fumer de toute la journée. TERRIBLE ! En rentrant, mon cher époux mexplique enfin. Une cure de sept jours peut maider, notamment et surtout à arrêter de fumer. Ah ! Du coup, après réflexion, je tente la chose et décide dy retourner le lendemain. 24 mai 1999 (16 Genbot 1991). -- Ce matin, comme promis, je retourne me faire doucher. Jassiste alors à une scène presque irréelle. Une jeune fille dune vingtaine dannées est là. Elle se déshabille, plaisante avec moi sur la température de leau et me dit de passer avant elle. Je massieds sur le petit banc avec une vieille dame et un jeune homme. Cest toujours aussi glacé et en plus, le prêtre, plus jeune, tape plus fort avec sa croix. Moi, je reste muette, trop occupée à respirer sous cette eau gelée. Après, cest le tour de la gentille fille rigolote. Elle passe toute seule. À peine leau la-t-elle touchée, quelle entre en transe et se met à hurler. Elle se met par terre, assise sur ses talons, prise de convulsions. Je me souviens alors de la description que fait Leiris du Gurri. Cest exactement le mouvement quil décrit, le buste projeté davant en arrière. La fille parle. Enfin, elle crie : « Laissez-nous ! On peut sasseoir tout seuls ! Lâchez-nous ! ». Ils sont deux dans sa bouche, elle et le zar qui lhabite. Les jeunes gens présents la maintiennent. Elle hurle mais on ne la lâche pas. Finalement, au bout dune dizaine de minutes de douche glacée, elle se calme et tombe presque évanouie. Lorsque le prêtre arrête le jet, elle reprend vie, vient à côté de moi et se rhabille. Elle me lance un « Eh ben ! » rigolard et tout est fini. Je rentre à la maison sous le choc. Je suis reconnaissante aux gens qui mont fait lhonneur de ne pas se troubler de ma présence, jai beaucoup appris. Jai bien eu raison de ne pas crier ou protester, ça aurait pu prêter à confusion. Moi, je suis seule, je ne partage pas mon corps avec un zar, jai de la chance 28 mai 1999 (20 Genbot 1991). -- Cest férié aujourdhui. Huitième anniversaire de lentrée des yadig à Addis-Abeba. La guerre avec lÉrythrée aidant, lévénement est kaki à la télé Heureusement il y a de la musique. Ce soir, je sors avec des amies. Nous allons au Buffet de la Gare Plus quun buffet, cest plutôt un bar-restaurant où les soirées semblent branchées et cosmopolites. Ce nest pas ma tasse de thé, mais une de mes proches amies y chante de temps en temps, cest donc un plaisir de ly rencontrer. Et puis, jai vu des choses nouvelles, cest bien. 31 mai 1999 (23 genbot 1991). -- Nous allons acheter (faire couper, en amharique) nos billets de car, pour aller à Baher-Dar. 2 juin 1999 (25 Genbot 1991). -- Arrivée à Baher-Dar. Enfin ! Hier, nous sommes paris dAutobus Tera, la grande gare routière au nord de la ville, à six heures du matin. Dans le car, avec nous, il y a une jeune Belge. Depuis hier, nous avons fait un peu connaissance. Elle sappelle Barbara. Depuis quelques mois en Éthiopie, elle me raconte quelle a quitté la branche dAddis-Abeba de luvre de mère Téréza. La supérieure responsable du lieu ne lui laissait que deux heures de liberté hebdomadaire et encore fallait-il quelle aille jouer de la guitare dans une association. À regret, car son travail daccompagnement de malades du sida en phase terminale lui tenait à cur, elle est partie pour retrouver sa liberté de mouvement ; elle travaille maintenant pour lorganisation Save the Children. Elle se rend à Baher-Dar, avec deux collègues Éthiopiens pour raccompagner dans sa famille un enfant qui vivait dans la rue à Addis. Il est tout joyeux le petit. Il est autant sur des nuages que je suis sur des charbons ardents sur mon siège Nous lisons, avec Barbara, le numéro 11 de LNA que jai acheté vendredi chez Bookword. Figurez-vous quon ne ma pas fait suivre mon abonnement pendant mon séjour ici. Je me suis promis quen rentrant, jécrirai au courrier des lecteurs 13 heures 30, on est arrivé. Délivrance ! Jai déjà eu loccasion de voir la ville lannée dernière. Mais en 4x4 avec un groupe de touristes et à pied avec mon mari, son petit frère et ses amis, la perspective est bien différente. Cest beau. De larges avenues plantées de palmiers et de flamboyants. Cest propre et bien entretenu. On ma expliqué que les services de nettoyage opèrent de trois à six heures du matin, toutes les nuits. 4 juin 1999 (27 genbot 1991). -- En nous promenant, je comprends lorganisation de cette belle cité. Les gens habitent dans des quartiers un peu à lécart des larges avenues. Là, ce nest pas goudronné. La vie de lÉthiopie à laquelle je suis habituée bat son plein, parallèlement aux grands axes quempruntent les touristes (toujours nombreux, on est au bord du lac Tana et à soixante kilomètres des Chutes du Nil).
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© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2005. http://www.lesnouvelles.org Les Nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique. Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté. |