Samedi 9 février 2002
Nous sommes à Awasa. Deux cents kilomètres au sud dAddis-Abeba. Il fallut trente heures de voyage pour arriver. Le vieux Boeing 757 dEthiopian Airlines est parti de Francfort avec trois heures de retard après que lon ait changé le démarreur du moteur gauche.
Le premier contact avec la capitale ne fut pas très agréable. Alors que notre bus était arrêté devant lagence de voyage, Danièle se fit dérober léquivalent de 250 US$. Les pickpockets sont très agiles et les oies blanches occidentales sans défense.
Le groupe de dix personnes ne devrait pas poser de problème. Sept se connaissent et tous sont de vieux routards. Ce voyage de quinze jours dont le but est lobservation de la faune a comme accompagnateur Jean François Terrasse. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, on peut dire que faire un voyage ornithologique avec lui cétait comme visiter une cité HLM avec Pierre Bourdieu. Cest le Cartier Bresson des naturalistes. Il est lornithologue le plus connu de France, fondateur du FIR, le spécialiste des rapaces, administrateur du WWF. Un collègue de travail ma même demandé de lui faire dédicacer une photo. Dun abord facile, il est bavard, ce qui est bien pour un homme intelligent qui a beaucoup de choses intéressantes à raconter.
Les ornithologues sont gâtés. Le long de la route, défilent aigle huppé, aigle ravisseur, pygargue (le grand rapace noir et blanc), tous perchés sur les poteaux.
Dimanche 10 février 2002
Lhôtel est au bord du lac Awasa. Le matin, les rives sont un paradis de calme pour lobservation des oiseaux qui côtoient lhomme sans crainte. Leur distance de fuite est ici particulièrement courte. Labsence de chasse a diminué leur peur de lhomme. On observe ibis, martin pêcheurs, oies dÉgypte. Dans les arbres devant les bungalows vit une famille de colobes : singes arboricoles aux longs poils noirs et blancs, ils descendent des arbres pour attraper le pain. Leur faciès, leur attitude me fait penser que dans notre quête dextra-terrestres, nous oublions que nous en côtoyons tous les jours : les animaux. À ce titre, ils méritent notre respect.
Sur une autre rive, le débarcadère de pêche est un paradis de cohabitation hommes-oiseaux. Les marabouts, les pélicans sont là au milieu des enfants quêtant les viscères des poissons. Des jeunes filles vendent de petites injeras, galettes de plusieurs céréales à base de teff. Elles sont mangées avec du poisson cru, relevé dune sauce au piment rouge. À quelques dizaines de mètres, des garçons font leur toilette. Dautres, à lentrée, jouent au baby foot. Cest lambiance africaine que loccidental aime : image de paradis au bord de leau, sous le soleil, où cohabitent hommes et animaux, sans tensions apparentes.
Tout au long de la route vers Arba-Minch les habitations sont le plus souvent des cases rondes. Nous séjournons près dun autre lac : le lac Chamo. Après le repas, à la recherche dengoulevent dans la nuit, nous sommes attirés par des chants denfants. Quelle surprise de voir quil ne sagit pas de fête particulière, mais de quelques gosses chantant dans le noir de la cour dune maison en saccompagnant sur des bidons. Pas délectricité, donc pas de télévision, ils occupent leur soirée par une expression spontanée de vie en communauté.