Lundi 11 février 2002
La nuit tombe en dix minutes. Ici jour et nuit sont non seulement de durée à peu près constante et égale, mais aussi sans aurore ni crépuscule. Jamais Rimbaud naurait pu écrire Aube en Abyssinie et Rohmer tourner Le soleil vert.
De plus, les Éthiopiens nont pas accepté le calendrier grégorien. De ce fait, leur année compte douze mois égaux plus un petit que lon ajuste de temps en temps pour rattraper les décalages. Doù le superbe slogan de loffice du tourisme : « Treize mois de soleil ».
Autre particularité de compter le temps, liée à légalité jour nuit : la journée commence à six heures. La montre de notre chauffeur est réglée ainsi : à neuf heures il est trois heures et à quinze heures il est neuf heures.
Promenade sur le lac Chamo. Cest un ballet de pélicans en train de pêcher. Par groupe dune dizaine, ils plongent tous ensemble et ressortent la tête de même. Sur la rive se chauffent au soleil dénormes crocodiles, jusquà sept mètres de long. Au loin, un groupe dhippopotames est aux trois quarts immergés. Les jugeant plus dangereux que les crocodiles, notre pilote reste à bonne distance.
Sur la rive, vivent quelques familles dispersées dagriculteurs. Après avoir défriché le terrain, ils cultivent sur quelques hectares des céréales. Ils ont un troupeau de vaches à bosses et quelques poules. Parfois des ruches sont accrochées aux arbres. Les habitants vivent dans des cases rondes faites de végétaux et de terre. Peut-être changent-ils de place après quelques années lorsque la terre est épuisée.
Devant nous, un paysan qui labourait avec une aire en bois attelée à deux bufs casse le timon. Cest une journée de travail pour réparer. Ici les Éthiopiens continuent à vivre comme il y a plusieurs siècles. Sans électricité, sans eau courante, ils cultivent la terre comme toujours, vivent en communauté familiale. Cest léquilibre écologique entre homme et nature.