Samedi 16 février 2002
Ce fut la journée des loups dAbyssinie. Cette espèce endémique vit sur le plateau de Sanetti à quatre milles mètres daltitude, se nourrissant de rongeurs. Il ressemble plus à un gros renard quà un loup, et dailleurs il chasse seul et non en meute. Il a une épaisse fourrure marron avec des taches blanches sous le cou, le ventre et le devant des pattes, un grand museau allongé et pointu. Sa longue queue touffue noire est rayée de deux bandes blanches sur la moitié de la longueur. Nous en vîmes quatre. Après avoir été menacé de disparition, nétant plus chassé, il est indifférent à notre bus et passe autour sans se préoccuper de nous. Il se déplace en trottinant entre les touffes dimmortelles blanches. Il se met en arrêt au bruit dun mulot, inclinant la tête pour une meilleure situation auditive de sa proie.
Sélevant au-dessus de la steppe, la tige épaisse des Lobélies géantes développe, à deux mètres du sol, une couronne de feuilles rigides qui protège la fleur, un épi gigantesque (un à deux mètres de haut). Les fleurs desséchées permettent de voir la structure de la tige : une épaisse écorce marron recouvre un tissage en losange sur un tube. Lintérieur est creux. Cest une structure rigide sophistiquée pour supporter le lourd feuillage, tout en étant étanche à lévaporation. Ces tiges sèches servent de reposoir aux nombreux rapaces.
Le long de la piste, quelques mares nous permettent dobserver oie dÉgypte, râle, canard pilé, canard à bec jaune et louette à aile bleue (oie endémique).
Nous descendons de lautre côté du plateau en limite dune forêt de genévriers arborescents. Plus que centenaires, leurs troncs inclinés sont recouverts dune épaisse mousse verte ce qui donne un aspect très reposant à cette forêt.
Au retour, à la tombée de la nuit, nous observons un couple de grues tarentulées, les plus grandes de lespèce.
Nous prenons avec nous un pèlerin venant de Harar, à quelque 400 km dici. Il marche pied nu recouvert dun châle rouge. Il na quun maigre baluchon quil porte accroché à un bâon. Nous lui donnons les restes de notre pique-nique et de leau. Nous sommes des extra terrestres pour lui et lui pour nous.
Tout le monde a été surpris par la fraîcheur de laltitude et revient avec de bons coups de soleil.