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« Le prévenu », par Anissa, sur www.lesnouvelles.org
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Seconde partie du feuilleton littéraire, publié par Les nouvelles d'Addis. Le genre est "politico-policiaro-judiciaire". Bien sûr, comme le souligne l'auteur, toute ressemblance est… fortuite.
Mais, d'abord, mettons-nous d'accord sur les termes.
"Prévenu"… Selon le Lexis-Larousse, deux sens sont attachés à ce mot : 1) Le prévenu (n.m.) : Personne ayant à répondre d'une infraction devant le tribunal pénal ; 2) Être prévenu (adj.) : Avoir d'avance une opinion favorable ou défavorable d'une personne. – CD

 


Le prévenu. Seconde partie (juin 2003)

 
Le prévenu descend de la camionnette fortifiée de grilles et pose le pied sur le sol carcéral pour la cinquième fois. D'un regard circulaire, il embrasse l'atmosphère générale dont il perçoit la lourdeur. La porte souillée qui commande l'accès des blocs de cellules pour hommes est lugubrement close, les surveillants affichent leur expression spéciale des grands jours, le directeur s'est absenté au profit d'un adjoint en attente de nomination. Même les arbres semblent jouer la partition : ils viennent de subir un sévère élagage. Et le sol, dans cette cérémonie d'accueil ? Il reste en retrait, fidèle à la tradition maison qui le jonche de débris de toutes sortes. Le chargement va des épaves d'automobiles aux tessons plus ou moins fanés de bouteilles, en passant par les mégots de cigarette et autres boîtes cabossées. Il est difficile de ne pas s'extasier devant le recyclage des sachets en plastique par l'action concertée du tandem sol-soleil : la matière se désagrège en fine poussière et enrichit l'air. La direction ne paraît pas peu fière de sa lumineuse contribution à la protection de l'environnement.

Il franchit le seuil de ce qui prétend au statut de bâtiment administratif. De part et d'autre d'un étroit et sombre couloir, s'alignent des sortes de mini-bureaux hébétés. Ils sont deux de chaque côté. Au directeur et à son secrétariat font face la comptabilité et le surveillant en chef qui est de la police.

Les plaquettes qui marquent les portes agonisent ; les installations d'électricité et de climatisation rêvent de retraite ; la peinture disparaît en se détachant par écailles. À l'avenant, les chaises et tables de travail sont souvent mutilées, amputées de dossiers, de pieds, de tiroirs, ou de parcelles de peau comme au scalpel. Les armoires ne sont guère mieux loties.

Il est reçu par le jeune adjoint et le surveillant en chef qui lui font part des instructions. Il sera au régime spécial…
Déjà, des policiers ouvrent la marche. Il les suit, sur un long chemin parsemé de détritus dont il ne sait où il mène. Il serpente entre le mur d'enceinte et celui intérieur de béton armé. Par endroits, lui sourient des sentines excitées à l'idée de pouvoir orienter l'envol de leurs nuées de moustiques.

Ils tournent à droite et débouchent sur un espace plus large mais non moins chargé. Il est bordé de basalte. À en juger par la fraîcheur de la pierre et par le nouveau portail qui donne directement sur l'entrée de la centrale électrique, à l'autre rive de la route, il s'agit d'une récente extension.

Au bout, du côté droit, apparaît un mirador où est perché un policier tout fier de sa kalachnikov. Juste en bas, dans l'épaisseur de la façade basaltique, se dissimule une porte métallique d'où pend un gros cadenas de couleur jaune. Le surveillant de tête s'y arrête, et entreprend de l'ouvrir. Il fait le tour du trousseau avant de trouver la bonne clef.

Le prévenu découvre un bloc beige de 13 cellules à l'étroit dans un cloaque qui peine à s'assécher. La construction a été entièrement refaite, refaite en béton armé par une entreprise "amie", comme l'on dit en certains milieux. Sa porte, qui donne sur un mur, à moins de deux mètres, se cadenasse aussi.
Elle s'ouvre dans un vacarme de clés qui s'entrechoquent et de verrou en furie. Un passage saturé de soleil, large d'à peine deux mètres, donne accès aux 13 cellules-toilettes qui s'alignent face à un mur élevé. Cette même allée, unique espace commun, sert à la promenade quotidienne des prisonniers. À présent, ceux-ci brillent par leur absence.

Chaque cellule mesure quelques mètres carrés ; se ferme avec une porte dont les barreaux s'arrêtent à mi-taille au profit du métal plein qui les prolonge jusqu'au seuil. Elle est dotée d'un unique brasseur d'air suspendu au haut plafond de béton et d'une lampe électrique. Le trou à la turque est séparé de l'espace à coucher par un muret dont la hauteur dépasse difficilement le mètre.
En fait de fenêtre, une lucarne grillée est pratiquée, au plus près du plafond, dans le mur qui donne sur le mur. Point de prise de courant, ni de literie, encore moins de mobilier. Rien que du vide.

Brutalement, il se retrouve là, bien seul, debout au milieu d'une cellule de haute sécurité pour criminels dangereux. L'honneur d'inaugurer les lieux en prime.

À suivre


Tous les épisodes du feuilleton
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1
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2
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3
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4
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5
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6
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7
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8
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9
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10
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11
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