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Cinquième épisode, et ça continue. Notre héros est incorrigible. Même enchâssé au secret dans son étuve : il faut qu'il analyse, qu'il rapporte, qu'il dénonce à la face du monde Quelle énergie, quel talent ! Remarquez, avec ce qu'il voit et entend, y a beaucoup à dire sur l'hôtellerie et sur ses tenanciers. AL
Dès le portail franchi, Gabode frappe par son avant-goût. Que l'on regarde la façade des locaux, l'état du sol ou l'allure du personnel, l'on est saisi aux entrailles. Sont en ruine les anciens locaux du centre d'éducation surveillée où les mineurs étaient censés séjourner en s'instruisant. L'est aussi le logement de fonction du régisseur de la prison. Celui-ci a sombré dans une dégradation accélérée depuis que le prédécesseur de l'actuel chef, vérifiant à ses dépens une autre tradition de Gabode, a brutalement rejoint ses détenus derrière les barreaux. À la suite d'une évasion. Il ne subsiste guère de ces constructions, livrées à elles-mêmes et au pillage, que des murs croulants. Les prisonnières ont le privilège d'être les riveraines de ce spectacle dont elles s'émerveillent par temps de sortie. Privilège du nombre ? Elles entrent pour peu dans la surpopulation carcérale. Leur effectif varie selon les saisons mais il se garde de dépasser les quelques dizaines. En cet été 2003, il se situe en deçà de la vingtaine. La majorité est étrangère, de nationalité éthiopienne ou somalienne. Dans le secteur des hommes, où mineurs, majeurs et autres malades mentaux se mêlent sans harmonie, le surpeuplement est de mise. Il n'est pas toujours à l'avantage numérique de l'élément étranger ainsi que le suggère un certain discours. Il est distribué entre cinq quartiers aux noms poétiques : Cellules 13, Grande cour, Cellule afare et Cantine, Dépôt et Cellules 12, Infirmerie. L'affectation obéit à un faisceau de facteurs pour les détenus de droit commun. Le faciès, les liens de parenté ou d'amitié, le porte-monnaie, la nature de la détention, le sens de la délation, l'ancienneté, la récidive, etc. sont les critères que l'on considère. Leur dosage relève du secret de fabrication. À toute les cellules, un lot commun. C'est l'état de dégradation avancée. Ce sont également le sureffectif et la promiscuité qui en découle. Souvent collectives, les cellules sont rarement équipées de lits. Les détenus, plus nombreux que de raison, s'entassent à même le sol. Ils couchent jusqu'aux exhalantes toilettes que presque rien ne sépare du reste. La promiscuité règne, et elle a de beaux jours devant elle comme en témoigne la tournure des derniers travaux prétexte annoncés par le pouvoir. L'air carcéral devient aussi rare que saturé de senteurs exquises. L'état de propreté évolue à l'avenant. Dès lors, la satisfaction des prisonniers s'exprime sur un mode qui ravit le régime. La tension est prompte à monter, les rixes point rares et le sang peu long à gicler. La maison peut exercer ses muscles. Autre facette, et non des moindres, de ce bel univers, la malnutrition et la maladie ne se plaignent point. L'alimentation, quoique budgétisée, connaît une pénurie des plus sévères. Au petit-déjeuner, un bout de pain et une tasse de thé noir ; à midi, une poigné de riz qui a juste trempé dans l'eau chaude, à quoi s'ajoute, tous les deux jours, un rien de viande ; au dîner, quelques bouchées de haricots hâtivement bouillis à l'eau et un misérable morceau de pain. Le tout préparé et servi dans des conditions hygiéniques défiant l'imagination. Par quelques détenus désignés. C'est sur ce fond radieux que la maladie prospère. Tuberculose, paludisme, maladies parasitaires, asthme, sida et autres pathologies sexuellement transmissibles se rencontrent couramment. Comme l'infirmerie, qui a été envahie par les cellules, est sinistrée, et que ni le sens du devoir ni la compassion ne comptent guère parmi les valeurs sûres de la maison, une évacuation sanitaire ne peut s'envisager, plus souvent que l'on n'imagine, que sonnante et trébuchante ? À Gabode, s'il est aisé d'entrer, il l'est bien moins d'en ressortir. La détention préventive, par exemple, perdure longtemps. Elle est parfois si longue que le décès précède le jugement. Il ne fait pas bon être du peuple et sans soutien, ni de l'étranger et sans secours. À suivre
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© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2005. http://www.lesnouvelles.org Les nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique. Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté. |