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Sixième épisode, et toujours la résistance. La dictature s'exerce là où elle peut. C'est comme ça. Concernant la mère de notre héros, par exemple, rien n'y fait : elle est hors de portée. Aux moqueries des policiers elle réplique par quelques vers de sa façon. AL
Les visiteurs demeurent bannis, même munis dun permis de communiquer de la juge dinstruction. Ils sont éconduits dun geste immuable de la main à travers la lucarne du mur denceinte. Ils ont beau protester auprès de la magistrat, celle-ci a beau manier le téléphone, le régime spécial demeure. Privé, il lest aussi dinformation. La mini-radiocassette quil se procure pour suivre les nouvelles du monde et écouter quelques chansons du répertoire traditionnel, lui est confisquée. Il sentend expliquer que sil la détenait, il pourrait sen servir afin denregistrer des messages subversifs à ladresse du peuple ! Au reste, la surveillance rapprochée sexerce sans sourciller. Elle ne lésine point sur les moyens. Elle opère des fouilles impromptues de ses maigres affaires, effectue des allées et venues incessantes en cellule, organise un marquage serré des visites de la mère pour lui interdire quasiment toute communication lors des repas. De la sorte, il patiente une longue et douloureuse semaine avant que ne lui soit permis lusage dun mini-ventilateur à pied. À son tour, lautorisation découter une radio de poche en modulation de fréquence survient. Est-ce parce que les effets physiques du supplice ont assez affleuré sur son corps ? Point sûr o La juge dinstruction le convoque pour la seconde comparution. Elle tombe sur un samedi, dernier du nom dun mois davril déclinant. À large effectif, la brigade spéciale se charge de son transport. Elle le conduit tôt au palais de justice. Beaucoup de ses partisans et du reste de lopposition se massent déjà aux abords de lédifice. Il les salue comme il peut, dun geste de la main. Le voici au cabinet dinstruction. Laudition débute. La juge, visiblement tiraillée entre la lourdeur des réquisitions et la vacuité du dossier, paraît en proie au doute. Elle repose les mêmes questions que lors de la première comparution pour recevoir les mêmes réponses. Il lui demande si elle peut, en vertu du principe du débat contradictoire, organiser sa confrontation avec le général plaignant. Elle esquisse un sourire et promet de le faire. Il en doute sans le dire. Il apprend plus tard que le général, flanqué de son conseil, un avocat passé sans transition de la défense des démocrates à celle des adversaires de la liberté, lui succède au cabinet. Ils y restent un moment, puis se portent à létage où est sis le joli bureau du jeune procureur de la République. Dès le lendemain, des agents de la brigade des affaires spéciales et criminelles se rendent au domicile de sa mère. Ils confisquent deux ordinateurs ainsi quun scanner. Crescendo, la pression se poursuit et sétend aux militants les plus actifs. Ils sont intimidés, menacés de Gabode et dautres réjouissances sils ne se désolidarisent point de lui. À Gabode, la surveillance suit le mouvement pour se durcir davantage. Pourtant, cette machine répressive à fond lancée ne parvient point à ses fins. Loin de se laisser intimider, les militants redoublent defforts. Ils animent de leur mieux les annexes du parti. La voix du siège central peut à nouveau porter, grâce à la générosité des uns et à lingéniosité des autres. Daucuns commencent à se demander sil ne faut pas en découdre. De son côté, lopposition ne baisse point la garde qui proteste à grand renfort de communiqués de presse et de contacts diplomatiques. Elle dénonce lacharnement politico-judiciaire qui vise lun de ses principaux membres, le journal et le parti quil dirige. La résistance est réelle. o Par une de ces matinées locales sur-ensoleillées, un clerc dhuissier vient frapper à sa douce cellule, flanqué de deux surveillants. Il est porteur dune citation directe devant la cour dappel par le fameux général commandant en second de larmée. Elle a trait à sa première plainte en diffamation. Larticle quelle incrimine brocarde la dérive politicarde de linstitution militaire et de ses chefs. Il met en avant, pour dernière illustration en date, le renvoi douteux, par mise à la retraite doffice, au lendemain du scrutin multipartite truqué de janvier, de quatre cadres militaires. Jugée en première instance au profit du plaignant, laffaire fait lobjet dun appel interjeté, comme disent les juristes, à la fois par le prévenu et par le chef galonné. Celui-ci semble insatisfait des deux millions de francs locaux de dommages et intérêts, des six mois demprisonnement avec sursis et des deux cent mille francs damende qui frappent lhomme quil a visiblement pour mission de traquer. Plusieurs jours sécoulent avant quil ne soit à la date de laudience, des jours ponctués de manuvres ridicules du régime. Qui propose, par exemple, de retirer, moyennant une simple lettre dexcuses, toutes les plaintes engagées contre le prévenu. Il note laveu dobjectif et, catégoriquement, refuse toute matière à piètre manipulation au pouvoir délinquant dont il ne connaît que trop les méthodes. Au matin du 7 mai, il est debout de très bonne heure. Le sommeil le laisse dès cinq heures, aux premières lueurs du jour. Il se lave le corps amaigri à leau rare du jerrycan, se vêt de couleur kaki et attend tranquillement la visite-repas de sa mère. Il écoute, tour à tour, sur son transistor de poche, Radio France International (RFI), Voice of América (VOA) et British Broadcasting Corporation (BBC). Toutes trois disposent, depuis peu, démetteurs relais sur le sol national où elles diffusent en modulation de fréquence. Elles émettent en français, en anglais et en arabe. La BBC ajoute une heure et demie démissions quotidiennes en langue somalie. À quand lafar, langue nationale avec larabe et le somali ? Brusquement, retentit le tintamarre annonciateur de louverture des portes. Son infatigable mère arrive. Comme dordinaire, une fois engagée dans létroit couloir sans toit, elle entonne quelques-uns de ces vers militants quelle renouvelle au fil des événements. Il la reçoit avec le sourire et, transistor éteint, honore le frugal repas. Il est à base de galettes locales que le parler populaire a baptisées : « mille yeux ». Par allusion aux nombreux minuscules trous dont la cuisson sur plaque truffe leur surface. De nouveau, les portes entrent en concert. Eclats de voix et bruits de botte mêlés envahissent les lieux. Ce sont les policiers de la brigade spéciale qui viennent chercher le détenu. Au tribunal, il y a foule. A lextérieur comme à lintérieur, les partisans du prévenu et de lopposition se massent sous la surveillance quelque peu nerveuse de la police. Daucuns, le long du boulevard de la République, sur lequel donne le palais de justice, nhésitent point à brandir banderoles bien lisibles et photos agrandies du prisonnier. Les unes comme les autres appellent à sa libération immédiate. Il fait irruption dans la salle des audiences, non dans la petite pièce délabrée qui nexcède guère les vingt mètres carrés, mais dans la grande dont le relent de poussière ne se dissipe jamais. Lécrasante majorité de lassistance le salue chaleureusement. Sont là, entre autres démocrates, assis au premier rang, les principaux dirigeants de lopposition. Ils sont menés par le plus célèbre dentre eux, un homme auquel laccession à lIndépendance et la naissance de lÉtat doivent tant quopportunistes et autres tribalistes primaires se sont ligués pour lévincer dès les premiers pas de la République. Le tintement désuet dune sonnerie hors du temps annonce la cour. Elle comprend trois magistrats dont le président des chambres dappel. Le ministère public est représenté par le procureur de la République. La salle se lève, davantage par courtoisie que par respect envers une justice à laquelle elle demande vainement la juste application de la Loi. La brigade le ramène à Gabode aussi promptement quelle len a amené. À suivre
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© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2005. http://www.lesnouvelles.org Les nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique. Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté. |