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Douzième épisode. Il y a une audience ce matin. Après avoir considéré le soutien populaire mural de son fourgon, le Prévenu retrouve le Grand Avocat pour un nouveau face-à-face. Mais, ce lundi-là, il y aura surprise AL
Par précaution, il se tient tout de même prêt de bonne heure au jour J. Il na pas tort de le faire, car, dès huit heures, les portes du quartier entrent en concert. La brigade spéciale vient lembarquer. Il prend place à bord dune camionnette. En route pour le palais de justice. Il lorgne discrètement les murs qui bordent la voie pour y retrouver, renouvelés, les appels populaires à sa libération. Cest assez pour agacer le Premier magistrat de lÉtat à sa sortie de grasse matinée. Sur un large périmètre, autour du palais de justice, des détachements entiers de policiers sont déployés. Ils forment un cordon face à la marée de militants de la liberté. Calmes mais déterminés, ceux-ci scandent des slogans sans ambages, déploient des banderoles, arborent des photographies en grand format du prévenu. La salle est aussi archi-comble quà laccoutumée, mais lélément militaire sy manifeste cette fois en force. Plusieurs dizaines de soldats, en tenue de combat bariolée, se massent du côté droit de la pièce. Ils sont aux ordres dun capitaine qui sait vivre de son talent de thuriféraire. Il a longtemps fait valoir ses services dans la sous-région avant de débarquer ici à la faveur de lIndépendance. Il a alors pris la tête de la naissante troupe folklorique militaire pour refaire carrière. De ne connaître ni la langue officielle ni les méthodes de travail du pays, de ne se distinguer par la maîtrise du métier des armes, ne lont guère entravé dans sa nouvelle ascension. Le verbe qui vante vaut bien les faveurs de la République. Aux côtés de lofficier encenseur, le grand avocat. Il est là, engoncé dans sa robe noire. Il est aux petits soins pour ses nouveaux clients. Son légendaire sourire en prime. Cest dans cette ambiance où règne lesprit républicain, sous le sceau de luniforme, que laudience débute. La cour comprend un jeune juge formé au Maroc et son greffier. Le parquet est représenté par le jeune procureur de la République qui a fait son droit en France. Le détenu, qui comparaît sans son conseil, compte tenu de la simplicité des affaires, sexprime en premier. Il commence par rejeter en bloc les accusations de diffamation, puis sexplique. Il relit mot pour mot le court article incriminé pour en dégager la substance. A savoir, essentiellement, le fait que la troupe commandée par le plaignant (avant comme après ses galons de général) chante à la gloire du régime et de son Guide ; et, accessoirement, le départ dun bon nombre de ses membres ainsi que le recours aux soldats féminins pour servir le chef galonné à son mabraze privé (autant quillégal) du camp des blindés. Il expose ensuite ses preuves. Des enregistrements vidéo, audio, un document photographique et une série de témoignages. Sans compter la notoriété publique du phénomène fustigé. Le président reprend la parole pour la passer à la partie dite civile. Anciens et nouveaux membres de la troupe défilent à la barre. Tels des élèves récitant une leçon par cur apprise, le capitaine et sa compagnie répètent la même accusation, à savoir que larticle en question, quils récrivent à cette occasion, décrit les dames comme les maîtresses du général. Ils exigent des excuses publiques mais aussi des dommages et intérêts dont ils laissent à leur conseil le soin destimer le montant réparateur. Lofficier ne peut se retenir de rappeler que cest lui qui compose les morceaux danthologie, ainsi quil la toujours fait de lautre côté des frontières, et quil ne trouve rien danti-républicain à encenser un système aux affaires. Il est applaudi par ses ouailles. Au grand avocat de discourir à présent. Il reprend sans sourciller ce quil a soufflé à ses clients et se lance dans un développement embarrassé, à mille lieues du véritable sujet du débat. Il sappesantit sur la phrase de larticle qui évoque le service abusif du mabraze privé du général par des soldats féminins peu au fait de leurs droits, confond volontairement tenue réglementaire de sport les soldats sont tenus de la porter dans les cantonnements lorsquils ne sont pas en uniforme et mise légère. En sépoumonant à dépister la diffamation où elle nest point, en faisant dire aux mots ce quils nexpriment nullement, en faisant croire à des personnes peu francophones quun écrit qui dénonce précisément les atteintes à leur dignité professionnelle nuit à leur honneur, en dépeignant le général sous un jour avantageux qui en surprend plus dun dans ce bout de pays, en laissant la majorité de ses clients persister dans lerreur de ne même pas savoir ce quils font en se prêtant au jeu qui dévoie la République, le personnage ne force point lestime. A son tour, le procureur relaie la mauvaise foi. A sa rescousse, il nhésite point à invoquer des règles qui nen sont point. Pour clore le débat, le juge redonne la parole au prévenu. Ce dernier na aucune peine à démolir le discours du ventre et à redire la vérité. Il déplore que ses adversaires fuient le débat et déméritent de la République comme du peuple. Il martèle la vraie motivation de ces prétendus procès : le mettre hors détat de déranger. Puis il conclut en réaffirmant tout haut sa détermination à poursuivre la lutte quel que soit lacharnement de lalimentura. Les applaudissements fusent. La cour se retire pour délibérer. Elle réapparaît un moment après, au son de la sonnerie. En tout cas, ce lundi-là, au-delà du calcul, le camp de la liberté enregistre comme une victoire. À suivre
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© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2005. http://www.lesnouvelles.org Les nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique. Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté. |