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« Le prévenu », par Anissa, sur www.lesnouvelles.org
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Quatorzième épisode. Nouvelles audience d'un procès sans objet – « hors considérations politicardes », évidemment. Où l'on découvre un jeune avocat « praticien courageux du barreau local », qui invoquera vainement des irrégularités de procédure… – AL

 


Le prévenu. Quatorzième partie (octobre 2003)

     
Mercredi 9 juillet 2003. Le temps est toujours à la grande canicule et au khamsin. Il se présente à la convocation du tribunal, accompagné d’autres dirigeants du parti et de l’opposition. Il considère que la résistance n’a rien à prouver et qu’une manœuvre telle que celle-ci ne mérite point une démonstration de force populaire. Aussi n’a-t-il donné aucune consigne de mobilisation.
Il n’empêche que bien des partisans se sont déjà ralliés dans l’enceinte du palais de justice et à ses abords immédiats, lorsqu’il arrive.

Dans la salle des audiences, l’uniforme de combat est présent en grand nombre. Comme devant le premier juge, la troupe, son commandant de compagnie, ses retraitées et son souriant avocat se sont déployés en un large espace, du côté droit de la pièce. Sous l’œil et l’oreille déguisés du général qui veille à l’application du plan de bataille.

Il salue l’assistance et s’installe au banc des accusés. Le chef de la troupe, grand de sa petite taille, déambule entre la porte d’entrée et l’estrade de la cour. Sa tenue neuve de combattant du verbe laudatif ne découvre qu’une courte chevelure poivre et sel. La mine admirative qui sied aux séances d’encensement, se laisse aujourd’hui submerger par un regard froncé où perce une expérience certaine de l’expression faciale.
Au hasard d’un coup d’œil, il remarque de nouveaux galons sur les épaulettes de l’officier parolier. Indubitablement, il arbore le grade de chef de bataillon (commandant, s’entend). Le bouclier doré traversé d’une lance à la verticale et bordé d’une paire de lauriers tressés, brille sur ses épaules de modeste gabarit. Belle récompense…

Soudain, la sonnerie retentit, faisant légèrement sursauter le courageux commandant. La cour est annoncée, qui n’a point manqué de sacrifier à la tradition maison de retard.
Dans la noirceur de ses robes, elle se pare d’un semblant de gravité. Trois magistrats – un président et deux conseillers – ainsi qu’un greffier, la composent. Le parquet est représenté par le procureur général de la République.
L’accusé les connaît tous et, d’après la distribution des rôles, peut aisément préjuger du verdict.

L’avocat du prévenu est, cette fois, un praticien courageux du barreau local. Il prend la parole, non sans rencontrer la réticence du président, pour soulever d’emblée une irrégularité de procédure. Il explique, code à la main, que le délai de dix jours entre la signification de la citation et l’audience n’est point respecté, que l’affaire ne peut par conséquent être jugée et qu’il doit être demandé à la partie plaignante de se conformer aux règles de procédure. Le grand avocat ne trouve rien à redire.
Poursuivant ses observations, il rappelle par ailleurs que le procureur général et l’avocat des plaignants sont parents par alliance et que ce n’est pas sans effet sur la crédibilité du débat. « A cet égard, ajoute-il, je voudrais porter à la connaissance de la cour qu’en son temps, tandis que mon confrère était poursuivi devant la cour d’appel, le procureur général s’est récusé, arguant de ce lien de parenté. »

Le président et le procureur réagissent avec agacement. L’invocation des irrégularités paraît bien leur déplaire. Le ministère public s’ouvre sans tarder de sa volonté de passer outre. Alors, le praticien menace de quitter la salle devant ces violations flagrantes des droits de la défense.
Là-dessus, la cour dit se retirer pour délibérer sur les points soulevés. Elle n’est point longue à décider de suivre le procureur.

Débute ainsi l’audience, le droit d’entrée violé.
L’accusé s’exprime, qui se défend sans peine. Il redémontre, preuves à l’appui, la gratuité des accusations de diffamation.
Le procureur général lui succède au micro. Il requiert sans argumenter. Comme son subalterne auprès du premier juge, il demande six mois d’emprisonnement dont trois fermes et plusieurs centaines de milliers de francs locaux d’amende.
Bien entendu, le grand avocat lui emboîte le pas. Comme en première instance, il plaide sans prouver et aligne les demandes de millions de francs au titre des dommages et intérêts.
Le conseil du prévenu démolit sans difficulté le raisonnement croulant de l’accusation. Pleinement, il place la cour devant ses responsabilités.
L’accusé, en dernier, enfonce le clou. Il conclut que, hors considérations politicardes, ce procès, comme d’autres avant et après lui, est sans objet.

La cour se retire. Elle délibère avec diligence et réapparaît, se rêvant à la hauteur du devoir. Elle prononce le jugement : l’accusé est reconnu coupable et lourdement condamné. Il écope de six mois d’emprisonnement dont trois fermes, avec mandat d’arrêt décerné à l’audience, de deux cents mille francs d’amende, de douze millions de francs de dommages et intérêts ainsi que de trois mois de suspension de l’organe de presse.

Boum ! L’épée s’abat sur le vilain ennemi. Le voici frappé fort. Encore plus fort. Toujours plus fort.
A la surprise des sbires et autres supplétifs qui exultent, il applaudit l’arrêt, avant de se constituer à nouveau prisonnier.

Mémorable mercredi. Le glorieux chérif peut féliciter ses fidèles. Et se souvenir, à l’occasion, des services rendus au règne. Dans une bravoure exemplaire.

À suivre


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