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Somaliland. La recherche pathétique d’une reconnaissance internationale

Approche historique et politique de l’indépendance autoproclamée de la « région nord » de la Somalie.


MOHAMED QAYAAD

La reconnaissance internationale d’un territoire est, sur le plan politique, l’affirmation de l’existence d’une souveraineté exercée par une entité sociale sur un espace géographique, maritime et aérien bien délimité. Elle découle soit d’une décision d’un groupe de pays, qui décident de reconnaître une souveraineté au gouvernement dudit territoire, soit d’un processus de négociation, qui aboutit à une indépendance par rapport à un ensemble.

Mais la reconnaissance d’une telle souveraineté politique envers une région d’un pays qui a existé mais qui n’a plus de gouvernement central pose problème. C’est la situation à laquelle est confrontée la région nord de la Somalie, depuis 1991.

 


Une histoire tourmentée

Indépendante avant l’ex-Somalia de quelques jours seulement, elle a rejoint le Sud le 26 juillet 1960 à la suite d’une décision politique prise au plus haut niveau. Cette “retrouvaille” entre les deux régions sœurs a été accueillie avec joie en 1960 par les nationalistes qui ont été à l’origine de cette union. C’était la première fois que deux territoires colonisés d’Afrique formaient “un seul”, et cela fut surprenant, d’autant que les dirigeants des nouveaux États avaient peur d’un précédent dans leurs territoires respectifs. Pour éviter le développement d’un tel phénomène, le principe d’intangeabilité des frontières sera adopté à la constitution de la première organisation politique du continent (OUA), en 1963 à Addis-Abeba.

Le Somaliland, comme le reste de la Somalie, a connu une histoire coloniale et politique très agitée dans les années 40 et 50.
Après une colonisation tardive des Anglais de la côte somalie, qui ne disposait pas de ressources importantes aux yeux de la puissance européenne, cette partie de la Somalie n’intéresse alors que pour sa position “stratégique”. (Elle se trouve sur la route des Indes, et, à l’époque, le sous-continent indien fait l’objet de convoitises des puissances européennes, d’autant que cette route ouvre aussi sur beaucoup de pays de l’océan Indien du sud-est.) La présence britannique est dès lors très limitée. Son but est non seulement de contrôler le développement du commerce avec le sous-continent indien, mais aussi d’empêcher toute rivalité dans cette région avec une autre puissance européenne, française et italienne notamment.

Un événement important va bouleverser la présence “paisible” des Anglais, c’est l’apparition d’un mouvement de contestation juste après la guerre 1914-1918.
Un homme s’est illustré dans le combat contre la présence des Anglais et contre tous les colonisateurs (Italiens au sud) : Mohamed Abdulleh Hassan. Pour mettre fin à cette rébellion bien organisée, bien armée et connaissant bien le terrain, la puissance coloniale est amenée à utiliser l’aviation. Ce sera d’ailleurs la première fois qu’elle est utilisée dans un conflit de ce genre. D’une simple présence symbolique, les Anglais commencent à s’intéresser à cette région et à entreprendre des investissements. Mais, paradoxalement, c’est aussi le début de la fin de la présence coloniale qui se joue dans les territoires somali sous domination européenne.

Avant l’éclatement du conflit européen de 1939, les territoires somali vont être agités par un événement inattendu d’une grande ampleur : l’occupation par l’Italie fasciste de tous les territoires somali, en plus de l’Éthiopie, en 1936 (1).
Avec cette éphémère “union” de tous les territoires somali, se développe très fortement l’idée d’une grande unité du peuple somali. Bien sûr la question de la Côte française des Somalis et, ensuite, celle du Territoire français des Afars et des Issas (TFAI) était encore ignorée, mais il s’agissait juste d’une question de stratégie et de temps, d’autant que ce territoire n’était pas “mono-ethnique”.

Alors, que ce soit au sud ou au nord, un nationalisme virulent et revendicatif, dominé par des intellectuels formés sous les différents types de colonisation mais aussi dans les pays arabes, et particulièrement en Égypte, apparaît. Il est dominé par ce qu’on appelle communément chez les Somalis « les gens du Sud », mieux éduqués que les autres, qui diffuseront ce nationalisme dans tous les territoires, créant une structure qui deviendra le plus grand parti de la Somalie indépendante : la Youth Somalie League. Elle se présente comme une force progressiste sur beaucoup de plans, mais elle doit faire face aux forces conservatrices dominées par les anciens.

Dans ce nationalisme, les élites du Nord n’ont occupé qu’une place mineure. D’ailleurs, beaucoup d’entre-elles se sont contentées d’occuper les structures politiques mises en place par le colonisateur anglais. Bien sûr les candidats qui concourent ne sont pas placés sur un même plan. La vie socio-politique de cette région n’étant pas dissociée du clanisme, bien connu dans cette société segmentaire, les rapports politiques et sociaux se forment autour d’une opposition entre clans, avec la complicité évidente de la puissance coloniale. Certains clans bénéficient de soutiens de tous genres des Anglais, tandis que d’autres se voient “exclus” de tout débat sur l’avenir du territoire.

C’est dans un esprit de nationalisme mou que va se créer dans cette région un nouvel État avec le Sud. D’après certains analystes de la vie politique de la Somalie, l’intérêt poursuivi par les nordistes était la recherche d’un grand marché pour leurs “produits”. Il est vrai que la ville de Berbéra fut, dans un passé lointain, une place commerciale importante dans toute la région ; sa foire était célèbre.
Mais cette belle unité va connaître des déboires.

 


Les déboires d’une union « mal préparée »

La réunion de deux régions en un ensemble large se passe dans la liesse ; les partisans de cette idée ont manifesté leur joie dans la bonne humeur.
La capitale du nouvel État est Mogadiscio, le chef-lieu de l’ancienne Somalia italianna. Ce choix montre d’une part l’importance que représente cette ville chez les Somalis et, d’autre part le poids numérique de ses habitants et des infrastructures existantes. Mais cette union se fait sous une certaine méfiance des politiciens des deux régions, ces derniers s’étant combattus aux élections et dans le débat d’idées sur la construction de la Somalie.

Très vite des problèmes se posent. D’abord dans l’articulation des deux administrations, d’origine et de tradition différentes ; ensuite à cause d’un problème de langue, les deux régions ayant des langues d’administration différentes aussi.
Mais il s’agit de problèmes mineurs en soi, par rapport aux tensions politiques qui naîtront entre les groupes – dits politiques –, au sein de l’Assemblée nationale et concernant la répartition des postes de direction au sein des structures étatiques et des établissements publics. En fait, le “serpent de mer” (2) de la société somali reprend le dessus sur les belles idées politiques et sociales des nationalistes : l’unité et le développement socio-économique des Somalis dans un cadre géographique intégré.
Sur le plan socio-économique, le déséquilibre est patent : grosso modo il y a un Sud plus “prospère”, ou du moins ayant des perspectives de développement importantes, et un Nord déshérité et sous-équipé.

Dans la classe politique il y a une représentation de tous les courants politiques, mais aussi des clans (à travers des formations nationales et régionales, pour ne pas parler de régionalistes). Mais une forte domination des nationalistes du Sud est notable, même si ça ne se dit pas ouvertement dans les premiers temps de la “lune de miel”.

Suivant le modèle italien, il y a un Président et un Premier ministre qui a des pouvoirs constitutionnels reconnus. Le bicéphalisme à la tête de l’État ne se répartit pas forcément selon un critère régionaliste.
Si lors de la première “alternance” au sommet de l’État, il y eut un Président originaire du Sud et un Premier ministre venant du Nord, cette répartition ne s’est pas maintenue dans les gouvernements postérieurs à la période “démocratique”. (Feu le général Syad Barré a nommé vers la fin des années quatre-vingt un homme du Sud à ce poste. Ce choix procédait d’un calcul politique ; selon certains analystes, c’était une manière d’écarter d’avantage les gens du Nord.)
Cette répartition des pouvoirs d’État constitue un consensus de circonstance entre forces politiques et claniques ; le poids numérique du clan et la légitimité historique dans la recherche d’unité du peuple somali entrent en ligne de compte. En dehors de cette répartition au sommet de l’État, la distribution des postes ministériels entre leaders politiques soulève des problèmes parfois insolubles. La désignation de tel ou tel homme pour tel ou tel poste par rapport à un autre a une signification clano-politique. À n’en pas douter, cette vision des choses repose sur un réveil du clanisme dans la “nouvelle” société somalienne, lié dit-on à la forte prédation exercée sur les ressources publiques. Alors, par simplification des problèmes socio-politiques au niveau national, on parle du “problème” de la région Nord. À partir de là, on crée un problème localisé et identifié. Dire qu’il y a un problème dans telle partie du pays plutôt que dans les autres est une manière manichéenne de présenter la construction toujours difficile d’un État ou d’une nation.
Mais cette “opposition” entre deux régions ne se présente pas de la même manière que dans d’autres pays africains ; dans la situation somalienne, cette opposition ne se fait pas sur des rivalités ethniques mais sur celles des clans, qui en fin de compte peuvent se présenter comme des “groupes ethniques” particuliers.
Quelles que soient les causes d’un tel “problème”, des mécontentements populaires, sans doute manipulés, ont lieu à Hargeiysa et dans d’autres localités. Ils sont relayés par les élus de cette région à Mogadiscio, dans les arènes politiques. Sur le plan politique justement, ces mécontentements se traduisent par la démission des ministres du Nord. En fait, ces démissions fracassantes ne sont pas forcément la conséquence directe des problèmes dits « du Nord ». Cette nouvelle situation politique est à l’origine d’une recomposition des partis politiques : certains attirent de nouveaux adhérents quand d’autres se vident.
La principale cause est le développement de la corruption de la classe politique au plus haut niveau. Par l’appropriation des biens et deniers publics, opérée par les membres du parti dominant et, donc, l’exclusion des autres. Dans une économie de pénurie, avec un secteur privé n’offrant pas de perspectives d’emplois et de reclassement, le secteur public est la cible de toutes les prédations.

La Somalie des années soixante est montrée comme un exemple de démocratie “réussie”, avant le coup d’État de feu le général Mohamed Syad Barré, en octobre 1969. Les causes de l’irruption soudaine de l’armée sur la scène politique sont multiples. Mais retenons la crise politique aiguë que traversait le pays après les élections de mars 1967, où à la faveur d’une recomposition du parlement l’opposition est réduite à un seul député, ce qui fait perdre toute légitimité au régime en place.
Le régime politique “pluraliste” de l’indépendance fait place de facto à un régime politique de parti unique, même si un tel parti est créé quelques années après la prise du pouvoir par Syad Barré.

 


Le coup d’État et les conséquences sur l’unité somalienne

La prise du pouvoir par les militaires en octobre 1969 fut accueillie par une explosion de joie des Somaliens, qui virent dans cet acte la fin d’une mascarade démocratique cachant une corruption atteignant des dimensions astronomiques.
Pour maintenir ce “soutien” relatif d’une population lassée de la confrontation des élites politiques, le nouveau pouvoir relance des thèmes abandonnés par les dirigeants renversés : la récupération des territoires somali sous domination étrangère (Djibouti, Ogaden éthiopien, nord-est kenyan) et l’instauration d’une langue officielle (le débat qui a opposé les anciens dirigeants). Les premières décisions prises par le pouvoir militaire accueillent une approbation populaire, même s’il est difficile d’en mesurer l’intensité.

Mais, passé ce cap marqué par la prise de mesures symboliques comme la reprise du nationalisme et l’instauration d’une langue officielle (3), le désenchantement des populations ne tarda pas à se manifester. Derrière cette façade d’unité et de “changement” d’approche politique, sociale, mais aussi et surtout, symbolique, se cache un rouleau compresseur des libertés d’expression et d’opinion. En interdisant l’opposition d’un point de vue politique ou social différent de celui prôné par le pouvoir, on assiste à la disparition d’une forme de liberté : la liberté de parole, connue dans la société somalienne.
Un contrôle politique et social est instauré pour suivre ceux qui contestent. Dès lors s’installe une chasse à l’homme, et la conséquence de celle-ci est le départ d’un grand nombre d’intellectuels ou de personnes dotées d’un savoir vers l’étranger. L’opposition s’organise dans les pays voisins, et particulièrement en Éthiopie, “l’éternel ennemi” des Somalis.
La reprise de la guerre et ses conséquences, surtout après des échecs retentissants, vont durcir d’avantage la nature autoritaire du pouvoir. Celui-ci se réduit au niveau d’un clan, pire d’une famille. Mais c’est aussi le commencement de la fin du pouvoir, avec les fronts intérieurs qui lutteront avec violence contre les forces gouvernementales.

Durant les conflits internes en Somalie, la région Nord se démarque du reste du pays. Sans parler d’une spécificité du Nord, on peut dire que l’opposition manifestée par les élites politiques et économiques se traduit très vite en opposition armée. Il est vrai aussi que le pouvoir central à Mogadiscio ne manifeste pas un dialogue avec les opposants de tous genres. Un mouvement armé voit le jour en 1981 à Londres, œuvre des réfugiés de cette région, le Mouvement national somalien soutenu militairement par l’Éthiopie de Mengistu, en guerre contre le pouvoir central de la Somalie à propos de l’Ogaden.

 


De la crise interne à la “séparation” du Somaliland

Avec la multiplication des fronts armés à l’intérieur et à l’extérieur du pays, et avec la crise économique et financière que connaîtra le pays à partir de la fin des années quatre-vingt, la fin du pouvoir personnel et clanique commence. Le général-président qui ne bénéficie plus d’un soutien extérieur s’enfuit, et laisse le pays dans une anarchie totale, tant au sud qu’au nord. Si au sud le vide du pouvoir central est occupé par des milices armées, qui se sont formées tardivement par rapport à d’autres mouvements armés du nord et du sud-ouest, au nord la “transition”, douloureuse certes, s’est déroulée en faveur d’un mouvement local soutenu par une partie des habitants de la région.

Très vite, le SNM (Mouvement national somalien) va contrôler le territoire de l’ex-Somaliland. Mais il rencontre des résistances claniques, formées par le pouvoir finissant de feu Syad Barré et par des forces extérieures. Bien équipés et supérieurs en nombre, les miliciens du SNM imposent leur loi dans la région. Mais pour faire montre de différences par rapport à d’autres parties de la Somalie, les dirigeants de ce mouvement négocient une “paix” avec les autres ; et, au-delà, les “anciens”» ou chefs de clans locaux sont associés à des grandes messes de réconciliation régionale. On choisit des villes ou localités “symboles” pour marquer la recherche d’un consensus entre les différentes parties. En fait, derrière toute cette kermesse se profile une stratégie de domination d’un groupe sur les autres. Ce groupe repose sur une légitimité “historique”, “militaire”, “économique”, et surtout “numérique” par rapport à d’autres groupes claniques. Dès lors, ces derniers viennent à la table de négociation pour avaliser la domination de ce groupe. L’idée de séparation du territoire est le fait des dirigeants du SNM, même si l’unanimité est à relativiser parce que la stratégie de chacun est différente.
Les premiers dirigeants de la “république autoproclamée” n’ont pas marqué une “indépendance” par rapport au reste du pays, parce que pour être indépendant il faut l’accord d’un pouvoir central. Or, celui-ci a disparu. Et la question reste entière : les institutions régionales et internationales ne peuvent se substituer à un pouvoir qui n’existe plus.

Mais les dirigeants de cette région ne l’entendent pas de cette oreille. Quitte à être ignorés, ils persistent dans l’idée d’une république indépendante, séparée d’une Somalie en proie à la guerre des milices armées au sud. Là aussi, les dirigeants font preuve d’une imagination “politique” et “sociale” : le recours du registre traditionnel. Ce qui emporte l’intérêt de quelques chercheurs français, comme D. Compagnon ou encore G. Prunier (4), qui l’un comme l’autre n’hésitent pas à montrer une différence nette sur tous les plans par rapport aux autres clans. Le premier va même plus loin dans son enthousiasme en écrivant que « les anciens ont su utiliser le répertoire politique traditionnel en l’adaptant à une conjoncture historique spécifique et aux enjeux de l’arène étatique, tout en conservant le fondement de la culture politique pastorale : le droit d’expression de tout homme adulte dans le shir ». Cette vision est à relativiser, car si les anciens donnent leur point de vue, la décision appartient en dernier ressort aux dirigeants politiques et économiques qui ont une maîtrise des données politiques et économiques internationales. N’oublions pas que beaucoup d’entre-eux appartiennent à une élite très tôt internationalisée.

Quels que soient les efforts fournis par ses élites, le Somaliland reste encore une région de la Somalie pour beaucoup de dirigeants régionaux et internationaux. L’existence d’un bureau de liaison à Djibouti peut être considérée comme une étape importante vers la reconnaissance de son autonomie, mais cela ne signifie pas la reconnaissance de la décision politique adoptée par les responsables de cette région, c’est-à-dire de son indépendance proclamée depuis 1991. Tant que la situation ne sera pas clarifiée au sud, les deux régions autoproclamées (Somaliland et Puntland) resteront des entités ayant la forme d’État, avec les institutions socio-politiques et les attributs d’un ensemble étatique. C’est en tout cas ce qui a été répondu à Mohamed Ibrahim Egal lors de sa dernière visite aux États-Unis, où les analyses du Pentagone ne dissocient pas le Somaliland comme il le voudrait.

Pour les pays de la sous-région, reconnaître l’indépendance de cette région dans la situation actuelle serait ouvrir la voie à une plus grande balkanisation de l’ensemble somalien mais aussi des autres pays ; ce serait aussi créer un précédent. N’oublions pas que la corne de l’Afrique est traversée depuis plus de trente ans par de violents conflits régionaux et inter-étatiques, dont la cause principale tient aux rapports claniques et tribaux, une répartition des pouvoirs qui exclue beaucoup de gens. La fin de la guerre froide, qui a consolidé la construction de certains édifices étatiques, a laissé un vide que les élites tant intellectuelles que politiques et économiques n’ont pas su combler au moment opportun, c’est-à-dire avant que le clanisme politique n’occupe le terrain vierge.

Au niveau international, la reconnaissance du Somaliland n’intéresse aucun pays. On peut même se demander si Mohamed Ibrahim Egal a bien choisi le moment pour marchander politiquement auprès de la seule puissance mondiale de l’après-guerre froide. Son récent déplacement aux États-Unis et sa démarche vis-à-vis des institutions financières internationales n’ont eu qu’une valeur de test. Le problème de cette région est que tant qu’il n’y aura pas de concertation des responsables politiques de haut niveau – des pays de la sous-région, de la Ligue arabe, des principaux acteurs de la scène mondiale –, le Somaliland existera dans une “virtualité étatique”.

Les exemples de l’Europe de l’est ne peuvent être transposés dans le continent africain, a fortiori dans une région connue pour sa forte instabilité politique. Le Somaliland n’est pas la Croatie ou d’autres États fédérés de l’ex-fédération yougoslave. Dans cette situation, Américains et Européens voulaient en finir avec le seul régime qui se proclamait encore communiste ; le respect du droit mis en avant par les responsables de l’Ouest n’est qu’une parodie pour justifier des interventions, parfois meurtrières pour les citoyens. Car si la Bosnie herzegovine et le Kosovo restent une réussite diplomatique, l’échec politique et économique est patent. – MQ


(1) En effet, l’Italie poursuivait un dessein de grande puissance comme l’Angleterre ou la France dans la corne de l’Afrique, par la constitution d’un empire italien de l’Afrique orientale. Déjà présente en Érythrée et en Somalie du sud, elle a profité d’un relâchement de l’attention des Anglais sur la région pour s’emparer de leur colonie. Mais l’occupation italienne n’a duré que très peu de temps. Vers 1940-1941, les Anglais reconquièrent et occupent tous les territoires passés sous domination italienne [concernant cette période, voir entretien avec Pierre Messmer, ndlr]. Pour la seconde fois, les Somalis seront réunis sous un même territoire.

(2) Le clanisme qui a divisé cette société ressurgit au début de l’unité somalienne à travers un État, une structure moderne dans ce vaste groupe ethnique.

(3) Le somali est adopté comme langue d’administration. Cette mesure des militaires, et du premier d’entre-eux, fut très importante quant à l’image qu’ils donnaient du pays auprès de l’opinion nationale. Cette langue est écrite, enseignée dans les écoles. Et, par opposition aux discours des précédents dirigeants, les nouvelles autorités retiennent l’alphabet latin pour sa transcription. Des écrivains ont soutenu cette décision. C’était une deuxième libération du peuple somalien.

(4) D. Compagnon a rédigé une thèse sur les ressources dont le général Syad Barré a bénéficié durant son long règne. Mais dans un texte paru dans la revue Politique africaine de juin 1993, “Somaliland, un ordre politique en gestation”, il explique ce qu’il appelle le recours aux valeurs d’organisation socio-politique de la société traditionnelle basée sur les rapports des clans et la prééminence des okals.
G. Prunier [voir entretien avec Gérard Prunier, ndlr], dans un article du Monde diplomatique d’octobre 1997, “Somaliland, un pays qui n’existe pas”, essaye de démontrer l’expérience « unique » que vit le Somaliland depuis que les anciens rebelles ont autoproclamé l’indépendance du territoire en 1991, après une alternance au “pouvoir” qui selon lui s’est bien passée.

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