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MOUSTAPHA AHMED Au lendemain des terribles attentats du 11 septembre, la guerre déclarée par la communauté internationale au terrorisme à fait revenir sur le devant de la scène mondiale la Somalie. Ce pays est, dit-on, un navire abandonné, sans gouvernement et à la merci de seigneurs de guerres, ce qui est en partie vrai. Son nom fait ressurgir des images insupportables de famine ; on se rappelle les bandes armées sur leurs fameux technicals (véhicules montés de mitrailleuses lourdes) sillonnant les rues de Mogadishio en ruine, la capitale. Et ces mêmes images vont revenir puisquune nouvelle famine menace 800.000 personnes, et que les bandes armées font toujours la loi et quune intervention américaine est probable. Pourtant cest dans ce pays quune expérience unique en Afrique et couronnée de succès a lieu ; mais comme si nous ne pouvions nous intéresser quaux malheurs ceci est ignoré, passé sous silence. Le chaos somalien a commencé avec la guerre civile de 1988 et la chute du régime tribal et sanguinaire de Syad Barre. Le SNM (Somali National Mouvement), guérilla essentiellement composée dun clan du nord mais regroupant cependant tous les opposants au régime a, la première, ébranlé la puissante armée de la dictature en libérant le nord du pays. Mais à quel prix ? On déplora plus de 50.000 victimes parmi la population (les généraux de larmée ont commis alors des crimes horribles en envoyant les avions de chasses bombarder les villes Hargeysa fut détruite à 80% et Burao, Berbera complètement rasées et en massacrant les civiles des fosses communes ont été découvertes récemment près de Hargeysa). Partout, clans et sous clans prirent modèle sur le SNM et constituèrent leurs armées. Le régime ne résista pas longtemps et seffondra alors comme un château de carte. Du nord au sud, le pays se retrouva soumis aux lois de groupes armées, pillage et conflits se multiplièrent et le chaos sinstalla. Et cest dans un tel contexte quune volonté de paix et de construction vit le jour. Loin de sombrer dans lanarchie, le nord du pays sorganisa et à lissue dun grand conseil des clans (shir), lindépendance de la République du Somaliland fut proclamée le 18 mai 1991 dans les limites de lancien protectorat britannique (la Somalie est née en 1960 de lunion du Somaliland au nord et de Somalia au sud, deux protectorats britannique et italien ayant eu leur indépendance la même année). Par cette sécession, le nord mettait fin à trente années de domination du sud. Les premières années furent dures mais la foi de la population en la paix ne fut jamais altéré et leffort principal du gouvernement consista à instaurer cette paix entre les clans. Au mois de mai 1993, un grand conseil a élu M. Egal comme président de la république du Somaliland. Dix ans après son indépendance, le Somaliland est un véritable État avec un gouvernement, un parlement, une armée, un passeport, une monnaie Sa réussite est telle que les spécialistes et certains journalistes ne tarissent pas déloges le considérant comme un modèle à suivre en Afrique (lire les articles suivants (1) : « Recomposition de la nation somalienne » de Gérard Prunier, chercheur au CNRS ; « Le Somaliland : un espoir en Afrique » du Temps quotidien suisse ; « Somaliland : Ten years on » de la BBC ; « The country that isnt » du Time ). Cest la première fois quune alchimie entre État et tradition est mise en place en Afrique : avec un système de représentation comprenant une chambre de députés et une chambre des anciens, lÉtat se porte garant du respect de la loi et ne nie pas la réalité clanique mais reconnaît son utilité là où la loi est inadaptée. Une réelle liberté dexpression existe, défendue et protégée par un système judiciaire indépendant. Léconomie de cette jeune république connaît un boum et est portée à bout de bras par le secteur privé qui a doté le pays de plusieurs compagnies aériennes, de lélectricité, dInternet, dopérateurs de téléphonie ; les ressources de lÉtat proviennent essentiellement des taxes prélevées au port de Berbera et suffisent juste à assurer son fonctionnement et à supporter quelques dépenses dutilité publique comme la reconstruction des écoles, des universités et des hôpitaux. Le 31 mai 2001, la population a voté à plus 97% pour une nouvelle constitution qui entérine lindépendance du Somaliland ; les observateurs présents sur place ont rapporté des élections démocratiques et lInitiative & Referendum Institute (Washington) déclare : « avoir été impressionné » par le déroulement de ce vote et félicite le gouvernement du Somaliland « dans ses efforts pour établir une démocratie forte sur le continent africain » (2). Seulement voilà, ce pays nexiste pas. Il nest reconnu par aucune organisation, par aucun gouvernement. Pire, lONU, lOUA et la Ligue Arabe multiplient les tentatives de sabotage de ce formidable processus qui sest mis en uvre et tentent de réintégrer cette jeune république dans une fantomatique Somalie rongée par les guerres. Les pays du Golfe ont imposé un embargo total sur le bétail du Somaliland, première entrée de devises, en prétextant une épidémie de fièvre ; mais cet embargo sest révélé être un chantage pour forcer le Somaliland à renoncer à son indépendance. LOUA soppose à toute reconnaissance et avance le principe de « lintégrité des territoires », préférant oublier que le Somaliland était déjà un pays et que lunification qui a eu lieu en 1960 navait fait lobjet daucun document la déclarant irréversible. Le cas de lÉrythrée voisin, ancien protectorat italien, qui a obtenu son entrée dans le bal des nations par les armes par rapport à lÉthiopie montre que ce principe est négociable (la Ligue Arabe a soutenu lindépendance de lÉrythrée, province musulmane sur les bords de la mer Rouge par rapport à lÉthiopie, pays majoritairement chrétien). Cette absence de reconnaissance internationale nentame pas la fierté de cette population qui a conscience davoir construit quelque chose ; « Nous sommes le seul pays à avoir une dette zéro » a ironisé un jour un ministre. Le président Egal a écrit une lettre au secrétaire général des Nations Unies lui demandant de respecter les aspirations à la liberté et à lautodétermination de toute une population et le met en garde contre toute tentative de crcition qui entraînerait un bain de sang effroyable. LUS Committee for Refugees (USCR) a alerté la communauté internationale lui reprochant « de continuer à ignorer une chance en or de renforcer la démocratie et la stabilité dans la paisible province du Somaliland » (3). La démocratie et la paix au Somaliland nont pas coûté un seul franc à la communauté internationale dont un de ses représentants a même été jusquà dire que ce pays était un des plus sûrs dAfrique ! Mais alors, quattend-t-on pour lui venir en aide ? Quattend-t-on pour le reconnaître ? Les principes de liberté et de démocratie dont on nous bassine les oreilles ne sont-ils défendus que lorsque la tranquillité des puissances de ce monde est menacée ? Comme cela a été le cas avec la Bosnie, le Kosovo et actuellement avec lAfghanistan ? Ailleurs ces mêmes principes passent-ils derrière les conflits dintérêts et la géopolitique ? Cest pour briser le silence criminel et le jeu hypocrite de la communauté internationale que je lance cet appel. Combien d'entre-nous attendent sagement devant leur poste de télévision le fort probable et alléchant menu de la guerre qui va sabattre sur le sud de la Somalie ? Combien d'entre nous ignorent quau nord un rêve qui sappelle démocratie, liberté et justice a vu le jour ? Les défenseurs des libertés humaines et dun monde juste sont nombreux et cest à eux que je madresse pour plaider la cause du Somaliland et celle de tous les peuples qui luttent pour leur avenir. La réussite du Somaliland est un pied de nez à la politique que les puissances occidentales ont mené en Afrique et la communauté internationale devrait plus sen inspirer et laccepter en son sein. MA
(2) « Final Report on Somaliland Référendum » : (3) « Terrorism Concerns Support Need for Development Assistance to Northwest Somalia » : Pour plus dinformations : |
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