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KARRIEH YOUSSOUF À lheure où la communauté internationale ne cesse de vouloir recoller, pour la seizième fois, les morceaux dune Somalie dévastée et complètement rayée de la carte, le Somaliland, État né des cendres de la Nation disparue, avance à pas géants vers une reconnaissance quon lui refuse obstinément depuis plus de dix ans. Ce dernier affiche pourtant tous les agrégats constitufs de ce quon pourrait appeler un État.
Comme tout le monde latteste, le Somaliland, ancienne colonie britanique avant de fusionner avec lex-colonie italienne, est né au lendemain de la chute de Siad Barré, sur les ruines de la Somalie disparue à cause des guerres sans fin. Les autorités de ce nouvel État se sont ingéniées à établir une paix civile entre les différents clans et instituent tous les ingrédients dune nation : parlement, assemblée des sages, exécutif, emblème, nouvelle monnaie, etc. fonctionnent le plus normalement du monde. À part quelques contre-coups vite surmontés, le système établi sur un consensus social à base clanique marche naturellement, depuis sa création en 1991. Lusage du système est parfaitement rodé, au point de ne faire apparaître aucune rupture lors du décès de lancien président, M. Egal, survenu en mai dernier : en une journée lAssemblée des Sages, en accord avec le gouvernement, place à la tête de lÉtat le vice-président, M. Kahin, dont lappartenance clanique diffère de celle de défunt. Cette paisible transition du pouvoir est partout saluée et atteste de la maturité des dirigeants. Beaucoup dobservateurs internationaux y étaient invités et ont su témoigner des conditions suffisantes de transparence de la consultation. Des élections, dabord locales, puis législatives et présidentielles devront se dérouler avant février 2003, selon le calendrier prévu. Neuf partis politiques sont sur les rails pour y participer. Malgré les difficultes économiques dues à lembargo saoudien sur lexportation du bétail (principale richesse du pays) et à labsence daide internationale, le pays semble suspendu à une ambiance de campagne électorale. En dépit de son statut, tout indique que le Somaliland aurait pu contribuer à une éventuelle pacification de la Somalie agonisante, si la demande lui était faite. En effet, ses dirigeants sont beaucoup plus proches que quiconque y compris les pays de la région, Djibouti inclus des populations de la Somalie. Ils ont pu partager avec celles-ci une histoire commune de trente années. Ils sont à même de comprendre les clivages socioclaniques et les méandres psychologiques de ces populations. Bien quils aient fait sécession et ne veulent pas y revenir, les Somalilandais ne sont pourtant pas insensibles au drame de leurs fréres. Sans amalgame aucun, ceux-ci sont en mesure de participer à un long processus de pacification et de réconciliation identique à celui par lequel ils ont fait le consensus au Somaliland, malgré un contexte différencié. À titre dexemple, ils peuvent initier un processus de shir assez lent mais méticuleux, auquel on associe sous larbre notables chefs de factions, dabord du village ensuite au niveau régional. Avec la mise à contribution du Somaliland dans le conflit somalien, l'action internationale aurait réalisé léconomie dun effort interminable, et abrégé par la même occasion leffusion de sang et le drame du peuple somalien. Un autre crédit à porter au Somaliland, cest aussi le facteur de stablisation dans une région en ébulition, compte-tenu de ses relations avec lÉthiopie qui, sur son flanc est, na plus dincursions armées, contrairement à ce qui se passe dans le sud. Lirrédentisme somalien qui a jalonné toute lhistoire de la corne de lAfrique paraît être mis en brèche par ce nouvel État.
Bien que le Somaliland dispose des atouts indéniables que nous avons analysés ci-dessus, celui-ci souffre pourtant dun certain nombre dhandicaps, à la fois structurels et conjoncturels. Tout dabord, les autorités de ce pays narrivent pas à se défaire de lhéritage de lÉtat dictatorial de presque un quart de siècle : lappareil administratif est émaillé à tous les niveaux dune culture de népotisme, de clientélisme et de corruption poussés à lextrême. Tout se monnaie au Somaliland : la police, la justice, les municipalités les services faits sont rémunérés ; les délits ne sont pas poursuivis moyennant paiement. Tout marche comme si les services publics nétaient là que pour raquetter les usagers et vice-versa. Ensuite, à force davoir enrôlé dans larmée et les forces de lordre toutes les milices sans quota dans la période de pacification, le Somaliland ne sait que faire de ses hommes en armes, au nombre pléthorique et de surcroît indisciplnés, qui engloutissent plus de 70% de ses maigres ressources. Enfin, et surtout, dans ses relations extérieures et particulièrement à légard de la Somalie, le pays campe dans une position attentiste, à la traîne des événements. Pourtant, dans un contexte de chaos, le Somaliland, SEULE ENTITÉ BIEN CONSTITUÉE, aurait dû prendre le devant de la scène, en étant offensif et apte à tirer partie de ses indéniables atouts. Lattitude attentiste, dont la stratégie consiste à tabler sur une hypothétique lassitude de la communauté Internationale sur la Somalie pour être perçu comme une alternative, est loin dêtre payante, et ne paie plus. Le statu quo dans lequel est confiné celui-ci depuis plus dune décennie en est la preuve. Il est temps pour ce pays de sortir de son isolement et davoir une politique bien claire par rapport au reste de la Somalie. KY |
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