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Somaliland. Atouts et faiblesses

Et si ce pays qui n'existe pas comportait « tous les agrégats constitufs de ce qu’on pourrait appeler un État »… Et s'il constituait « un tremplin à partir duquel on pourrait "sauver" le reste de la Somalie »… Voir. Ce qui est sûr c'est qu'il faut d'abord que le Somaliland sorte de son isolement.


KARRIEH YOUSSOUF
 

À l’heure où la communauté internationale ne cesse de vouloir recoller, pour la seizième fois, les morceaux d’une Somalie dévastée et complètement rayée de la carte, le Somaliland, État né des cendres de la Nation disparue, avance à pas géants vers une reconnaissance qu’on lui refuse obstinément depuis plus de dix ans. Ce dernier affiche pourtant tous les agrégats constitufs de ce qu’on pourrait appeler un État.
La communauté internationale a les yeux rivés sur la dislocation de la Somalie et tente par un effort stérile de reconstituer, à partir d’une ancienne capitale, Mogadiscio, un État unitaire impossible à faire émerger. Alors que le réalisme politique et le bon sens nous incitent à prendre en compte les nouvelles issues de la dislocation de la Somalie (État éphémère, à l’existence d’une trentaine d’années seulement) pour essayer de sauver de ce qui peut l’être, les tenants et auteurs internationaux de l’approche unitaire ne font que perpétuer le drame du peuple somalien, et le privent du même coup de toute issue de sauvetage.
Le Somaliland constitue à cet égard une des nouvelles réalités émergentes, et pourrait être un tremplin à partir duquel on pourrait sauver le reste de la Somalie, à condition de lever au prélable l’embargo qui le frappe.

 


Ses atouts

Comme tout le monde l’atteste, le Somaliland, ancienne colonie britanique avant de fusionner avec l’ex-colonie italienne, est né au lendemain de la chute de Siad Barré, sur les ruines de la Somalie disparue à cause des guerres sans fin. Les autorités de ce nouvel État se sont ingéniées à établir une paix civile entre les différents clans et instituent tous les ingrédients d’une nation : parlement, assemblée des sages, exécutif, emblème, nouvelle monnaie, etc. fonctionnent le plus normalement du monde.

À part quelques contre-coups vite surmontés, le système établi sur un consensus social à base clanique marche naturellement, depuis sa création en 1991. L’usage du système est parfaitement rodé, au point de ne faire apparaître aucune rupture lors du décès de l’ancien président, M. Egal, survenu en mai dernier : en une journée l’Assemblée des Sages, en accord avec le gouvernement, place à la tête de l’État le vice-président, M. Kahin, dont l’appartenance clanique diffère de celle de défunt. Cette paisible transition du pouvoir est partout saluée et atteste de la maturité des dirigeants.
Sans attendre la reconnaissance qui lui fait défaut, le Somaliland se lance dans l’apprentissage de la démocratie. Ainsi l’on a pu organiser l’an dernier, à l’échelle nationale, un référundum où la population a dû parapher une nouvelle Constitution, avec un multipartisme intégral.

Beaucoup d’observateurs internationaux y étaient invités et ont su témoigner des conditions suffisantes de transparence de la consultation. Des élections, d’abord locales, puis législatives et présidentielles devront se dérouler avant février 2003, selon le calendrier prévu. Neuf partis politiques sont sur les rails pour y participer.

Malgré les difficultes économiques dues à l’embargo saoudien sur l’exportation du bétail (principale richesse du pays) et à l’absence d’aide internationale, le pays semble suspendu à une ambiance de campagne électorale.

En dépit de son statut, tout indique que le Somaliland aurait pu contribuer à une éventuelle pacification de la Somalie agonisante, si la demande lui était faite. En effet, ses dirigeants sont beaucoup plus proches que quiconque – y compris les pays de la région, Djibouti inclus – des populations de la Somalie. Ils ont pu partager avec celles-ci une histoire commune de trente années. Ils sont à même de comprendre les clivages socioclaniques et les méandres psychologiques de ces populations. Bien qu’ils aient fait sécession et ne veulent pas y revenir, les Somalilandais ne sont pourtant pas insensibles au drame de leurs fréres. Sans amalgame aucun, ceux-ci sont en mesure de participer à un long processus de pacification et de réconciliation identique à celui par lequel ils ont fait le consensus au Somaliland, malgré un contexte différencié. À titre d’exemple, ils peuvent initier un processus de shir assez lent mais méticuleux, auquel on associe sous l’arbre notables chefs de factions, d’abord du village ensuite au niveau régional. Avec la mise à contribution du Somaliland dans le conflit somalien, l'action internationale aurait réalisé l’économie d’un effort interminable, et abrégé par la même occasion l’effusion de sang et le drame du peuple somalien.

Un autre crédit à porter au Somaliland, c’est aussi le facteur de stablisation dans une région en ébulition, compte-tenu de ses relations avec l’Éthiopie qui, sur son flanc est, n’a plus d’incursions armées, contrairement à ce qui se passe dans le sud. L’irrédentisme somalien qui a jalonné toute l’histoire de la corne de l’Afrique paraît être mis en brèche par ce nouvel État.

 


Ses faiblesses

Bien que le Somaliland dispose des atouts indéniables que nous avons analysés ci-dessus, celui-ci souffre pourtant d’un certain nombre d’handicaps, à la fois structurels et conjoncturels. Tout d’abord, les autorités de ce pays n’arrivent pas à se défaire de l’héritage de l’État dictatorial de presque un quart de siècle : l’appareil administratif est émaillé à tous les niveaux d’une culture de népotisme, de clientélisme et de corruption poussés à l’extrême. Tout se monnaie au Somaliland : la police, la justice, les municipalités… les services faits sont rémunérés ; les délits ne sont pas poursuivis moyennant paiement. Tout marche comme si les services publics n’étaient là que pour raquetter les usagers et vice-versa.

Ensuite, à force d’avoir enrôlé dans l’armée et les forces de l’ordre toutes les milices sans quota dans la période de pacification, le Somaliland ne sait que faire de ses hommes en armes, au nombre pléthorique et de surcroît indisciplnés, qui engloutissent plus de 70% de ses maigres ressources.

Enfin, et surtout, dans ses relations extérieures et particulièrement à l’égard de la Somalie, le pays campe dans une position attentiste, à la traîne des événements.
Dans un immobilisme effarant, le Somaliland subit les contre-coups des factions sudistes, dont les dirigeants défilent régulièrement à Hargueysa, avec l’esprit de téléscopage dans le conflit qui les oppose les uns aux autres en Somalie. Le Somaliland ne tire aucun profit des passages des factions, si ce n’est de risquer d’être amalgamé dans un pays en conflit.

Pourtant, dans un contexte de chaos, le Somaliland, SEULE ENTITÉ BIEN CONSTITUÉE, aurait dû prendre le devant de la scène, en étant offensif et apte à tirer partie de ses indéniables atouts. L’attitude attentiste, dont la stratégie consiste à tabler sur une hypothétique lassitude de la communauté Internationale sur la Somalie pour être perçu comme une alternative, est loin d’être payante, et ne paie plus. Le statu quo dans lequel est confiné celui-ci depuis plus d’une décennie en est la preuve.

Il est temps pour ce pays de sortir de son isolement et d’avoir une politique bien claire par rapport au reste de la Somalie. – KY

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