Dans le cadre de sa campagne contre la crise du café, lONG Oxfam a organisé début octobre une conférence internationale à Addis-Abeba. Visites sur le terrain et sessions dans la capitale étaient au programme des participants presse, représentants dONG et du gouvernement, acteurs du commerce et de lindustrie du café. Le cas éthiopien illustre parfaitement lampleur de la crise. LÉthiopie avec un revenu annuel par tête de 100 $US est classée au 158ème rang sur 162 selon les critères du développement humain de lONU. 40 à 45% de ses habitants vivent avec un dollar par jour ou moins. 85% de la population vit à la campagne et la production agricole, comme celle du café, est essentielle pour sa survie. Et alors que le café est le principal produit dexportation du pays, on a assisté en douze mois, de 2000 à 2001, à une perte de revenu de plus de 100 millions $US, soit presque le double dune remise de dette de 58 millions $US accordée à lÉthiopie par la Banque mondiale dans le cadre dun programme en faveur des pays pauvres très endettés ! Et, afin daider les exportations, le gouvernement éthiopien a dû renoncer à certaines recettes fiscales. Un droit de 6% sur les exportations de café et une taxe de vente de 5% due par les collecteurs ont été suspendues.
À Londres, lOrganisation internationale du café (OIC) qui regroupe les principaux pays exportateurs a tenu sa conférence annuelle fin septembre. Ce regroupement a perdu de son importance à la suite de la politique de libéralisation des marchés impulsée par le Fonds monétaire international (FMI) et par la Banque mondiale (BM). Jusquen 1989, le marché du café était organisé. Pays producteurs et importateurs se mettaient daccord sur des quotas dexportation dans le cadre de lOIC. Mais ce système a disparu. Le régulation des prix se fait sur les marchés de New-York (pour larabica) et de Londres (pour le robusta) où les spéculateurs désorganisent un marché [lire linterview de M. A. Mahdi, exportateur] où loffre augmente alors que la consommation stagne. À présent lOIC est réduite à constater les dégâts tout en essayant de corriger le déséquilibre à la marge avec un certain nombre de propositions. Par exemple, un programme damélioration de la qualité est entré en vigueur le 1er octobre. Selon lOIC, sil est strictement mise en uvre, ce programme doit entraîner le retrait du marché mondial des cafés ne répondant pas aux nouveaux critères, par exemple en matière de défauts et de taux dhumidité.
Dimportants volumes de grains exportables ne devraient donc plus lêtre. Les autres initiatives de lorganisation internationale concernent la diversification des productions agricoles et la promotion de la consommation de café aussi bien dans les pays exportateurs que dans les pays dEurope de lest et dAsie.
La fin du marché organisé sest accompagnée dun développement de la production de café qui augmente de 2% chaque année alors que la consommation ne grimpe que de 1 à 1,5%. En outre, de nouveaux pays se sont mis à produire et à exporter, encouragés par le FMI et la BM au nom de « leur avantage comparatif ». Lexemple du Vietnam est éclairant : voilà un pays où lon ne boit presque pas de café et qui est devenu en quelques années le deuxième exportateur mondial. Les trois premiers pays se détachent nettement. Brésil, Vietnam et Colombie ont exporté à eux trois 46,8 millions de sacs en 2001.
Les douze pays suivants ne totalisent que 34,6 millions de sacs [cf. Tab. V]. Les stocks sont importants, 40 millions de sacs, et la crise tire tous les prix vers le bas. Elle affecte donc aussi les qualités supérieures produites par des pays comme lÉthiopie ou certains pays dAmérique centrale qui ninondent pourtant pas le marché. La dérégulation profite aux gros acheteurs qui peuvent influencer les cours. Oxfam cite les multinationales Kraft, Nestlé, Procter & Gamble, Sara Lee dont le chiffre daffaires respectif dans le café atteint un milliard $US ou plus. Avec le géant allemand Tschibo, ces groupe achètent près de la moitié du café exporté chaque année dans le monde. Les grandes marques de café en grain, moulu ou soluble proposent beaucoup de produits standardisés sans mention dorigine ni de qualité. Parfois vingt sortes de cafés, achetés aux prix les plus bas grâce à un système informatique sophistiqué tirant parti des cours, entrent dans les mélanges.
La production mondiale provient à 70% de petites exploitations. Leur superficie est inférieure à 10 ha. En fait la majorité ne dépasse pas 5 ha. En Éthiopie la moyenne est inférieure à 0,5 ha. 25 milllions de paysans sont frappés par la crise. On compte plus de 230.000 fermiers au Brésil où le secteur emploie aussi 3 millions de personnes. En Ouganda, le café occupe un quart de la population et en Éthiopie un million de petits producteurs ne peuvent plus subvenir aux besoins de leur famille. Largent manque pour les médicaments et la nourriture. Au Honduras, selon le PAM, 30.000 personnes sont sous-alimentées en raison de la crise. Toujours en Amérique centrale, 400.000 travailleurs saisonniers et 200.000 permanents sont au chômage. Les paysans vietnamiens ne sont pas mieux lotis, quand ils ne gagnent que 60% de leurs coûts de production.