Lecture thématique
Choix de la rédaction
Nouvelles d'Afrique
I
Sommaire
I
Liens
I
Recherche
I
I
Liste de diffusion
I
Boutique
I
Espace partenaires
I
Sondage
I
Ajouter à vos favoris
S'abonner aux Nouvelles d'Addis
Qui nous sommes
Nous écrire
 

Magazine
Café sur www.lesnouvelles.org

Plutôt que de faire de mauvais tirages de ce dossier
Commandez un exemplaire de l'original, "Les nouvelles d'Addis" n° 32 et son cahier spécial "café”

Voir "Les nouvelles d'Addis" n° 32 et de son cahier spécial "café"

La cueillette des cerises (photo Abdurahman Mahdi)

DOSSIER LES NOUVELLES D'ADDIS

Entretien avec Abdurahman Mahdi, exportateur

M. Abdurahman Mahdi travaille dans l’exportation de café éthiopien depuis Paris où il est installé avec sa famille. Son père était négociant en café à Harar et les deux frères de M. Mahdi sont l’un producteur dans le Sidamo, l’autre exportateur à Addis-Abeba.


PROPOS RECUEILLIS PAR ROBERT WIREN

[Paris, 16 octobre 2002]

LNA. Quelle est votre analyse de la crise du café ?
Abdurahman Mahdi. On dit en général que la crise est due à la surproduction au Brésil qui va produire, d’après les dernières estimations, 50 millions de sacs et au Vietnam qui est toujours numéro deux avec 11 millions de sacs. Par rapport à la consommation mondiale, il y a un excédent de 6 à 7 millions de sacs. Mais cet excédent n’explique pas toute la baisse des prix. En effet, si les producteurs sont Brésiliens, Vietnamiens, Ougandais ou Éthiopiens, les prix sont fixés à New-York par les spéculateurs. Lorsque le marché des actions ou des obligations n’est pas rentable, les spéculateurs viennent sur le marché du café et ils achètent ou vendent selon leur situation. Ce qui aggrave les conditions parce que les producteurs n’ont que le choix de suivre le marché de New-York qui est le facteur déterminant pour la fixation des prix et la régulation du marché (1). Il faut aussi savoir que le total des transactions sur le café à New-York représente quatre fois la production mondiale. Je parle du café vendu sur le papier dont la valeur est trois ou quatre fois supérieure aux volumes réellement disponibles. Un autre aspect dont il faut tenir compte, c’est la mondialisation. Si on considère des grands groupes comme Nestlé, Kraft ou Decotrade (Sarah Lee), quatre ou cinq gros acheteurs représentent à eux seuls plus de 70% des activités du marché mondial du café. Donc ces grosses multinationales manipulent le marché de New-York, c’est évident, afin de pouvoir acheter à bas prix. Les résultats qu’elles affichent pour 2000-2001 sont colossaux par rapport à la misère que reçoivent les producteurs.

LNA. Comment les pays producteurs peuvent-ils réagir dans cette situation ? On a l’impression qu’ils se font une concurrence sauvage.
AM. Dans la situation actuelle où les prix sont très bas, les producteurs – les paysans en particulier – reçoivent près de 70% de moins qu’il y a trois ans. Il y a un impact énorme aux niveaux social, éducation, santé. Ces conséquences sont graves. Il est urgent que les pays producteurs se mettent ensemble pour déterminer, non pas des quotas d’exportation qui existaient il y a vingt ans, mais une régulation en achetant eux-mêmes le stock du marché de New-York pour maintenir le niveau des prix. Le Brésil a essayé il y a deux ans de suivre une politique de rétention mais elle était très complexe à mettre en œuvre et elle a échoué. Cette année, en juillet-août, on a créé une autre structure de régulation au Brésil pour que l’État retire certaines quantités de café du marché. À mon avis, l’OCI (2) doit se réunir pour adopter ce genre de politique afin de maintenir un revenu minimum pour les producteurs, sinon les paysans iront à la catastrophe et, en même temps, les multinationales auront des qualités de café nettement inférieures à ce que les consommateurs souhaitent trouver dans leur tasse.

LNA. Avez-vous un avis concernant la diversification qui a été conseillée depuis longtemps, afin d’éviter le piège d'une monoculture ?
AM. Les producteurs comme le Brésil ou le Vietnam ont des exploitations mécanisées, industrialisées, parfois même robotisées dans certaines régions brésiliennes. Dire qu’il faut développer d’autres types de productions ne paraît pas être une solution dans la mesure où d’autres matières premières alimentaires comme le soja, le cacao ou le maïs ont subi exactement le même sort que le café.

LNA. Donc c’est le mécanisme du marché mondial lui-même qui est en cause ?
AM. Oui. Il faut revoir l’ensemble des marchés et avoir une structure mondiale de régulation, et non plus des financiers de New-York qui spéculent, qui fixent les prix et qui étranglent les producteurs.


Station de lavage dans le Sidamo (photo Abdurahman Mahdi)
LNA. Comment voyez-vous la situation de la production du café en Éthiopie avec cette crise qui appauvrit les paysans ?
AM. La crise n’épargne personne que ce soit en Asie, en Amérique du sud ou en Afrique. En Éthiopie le revenu du café a baissé de 50% au moins. Il y a trois ans le pays encaissait 400 millions $US alors qu’aujourd’hui on arrive à un montant qui tourne autour de 160 millions $US. Cette baisse a un impact important sur le budget de l’État et également sur le revenu des producteurs. Or en Éthiopie il s’agit surtout de petits producteurs avec un hectare ou un demi hectare qui ont été touchés de plein fouet. En conséquence, dans certaines régions on commence à arracher les caféiers ou à ne plus s’occuper des plantations car les revenus d’autres productions sont nettement plus attirants que ceux du café. Par exemple le khat dans le Harar et le maïs dans le Sidamo. Il est urgent d’agir au niveau national et au sein de l’association des pays producteurs.

LNA. L’Éthiopie pourrait-elle tirer son épingle du jeu malgré la crise si elle valorisait mieux son café ?
AM. L’Éthiopie pourrait jouer un rôle important avec le café biologique puisque ses paysans n’ont pas les moyens d’acheter des insecticides ou des herbicides. Traditionnellement, les plantations sont petites, le café qui pousse vers 2.000 mètres d’altitude pousse dans une atmosphère très saine sans fertilisants chimiques. On peut donc considérer que l’ensemble de la production éthiopienne est biologique. Il faut seulement avoir la reconnaissance de la qualité biologique par des inspections qui devraient être aidées par l’État. Personnellement pour valoriser le café produit dans certaines régions du Sidamo, j’ai commencé un projet avec Ecocert (3) en vue d’une certification biologique. J’espère obtenir cette certification en 2003.

LNA. Un programme de certification coûte de l’argent ?
AM. Le programme est estimé à un million $US pour l’ensemble de l’Éthiopie. D’ailleurs il y a une structure des Nations-Unies qui a commandé une étude à ce sujet et elle n’est toujours pas publiée. Mais comme producteur dans le Sidamo, je pense que c’est utile pour le pays de donner un exemple avec un financement personnel pour avoir un certificat biologique Ecocert.

LNA. Le café éthiopien est-il assez connu ? Sa promotion est-elle suffisante ?
AM. On constate par exemple que la Colombie a investi dans le marketing et que le Brésil dépense beaucoup pour son marketing. La qualité du café éthiopien est reconnue par les professionnels mais l’effort de promotion vers le public des consommateurs est très faible, voire inexistant. Il est temps que le gouvernement éthiopien donne la priorité à ce secteur et le développe à la fois à l’intérieur et à l’extérieur, particulièrement en Europe et aux États-Unis.

LNA. Au sein des pays consommateurs, il y a des mouvements en faveur du commerce équitable. Des importateurs-torréfacteurs veulent désormais s’inscrire dans ce mouvement. Comme l’Éthiopie n’est pas un producteur de masse comme le Brésil ou le Vietnam, a-t-elle intérêt à valoriser son café auprès de ce mouvement ? Cette démarche a-t-elle un avenir ?
AM. Bien sûr elle a un avenir. Actuellement une société d’exportation éthiopienne “Oromiya” a reçu l’homologation de Max Havelaar. Le problème c’est qu’il faut faire du marketing auprès des torréfacteurs pour qu’ils achètent du Max Havelaar. Malheureusement la société Oromiya n’a pas encore une structure commerciale agressive. Située en Éthiopie, elle doit être présente sur les marchés extérieurs avec ses représentants. En effet, le concept de Max Havelaar c’est du producteur au consommateur. La seule structure qui peut promouvoir cela c’est Oromiya et non pas des négociants parce que ce n’est pas le rôle des négociants. Car ce sont des intermédiaires et dans le système Max Havelaar il ne doit pas y avoir d’intermédiaires. Il faut s’adresser directement aux torréfacteurs et l’action commerciale d’Oromiya doit être


(1) Les cours de New-York concernent le café arabica (65 à 70% du café exporté). Le robusta est coté à Londres.

(2) OCI : Organisation internationale du café, dont le siège est à Londres.

(3) Écocert : organisme de certification biologique.

  français.


Station de séchage dans l'Ilubator (photo Robert Wiren)

Café mis à sècher après lavage (photo Abdurahman Mahdi)

Tri du café pour l'exportation (photo Abdurahman Mahdi)
Retour au sommaire du « dossier Café »
[retour en haut de page]


© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2005.http://www.lesnouvelles.orgLes nouvelles d'Addis,
le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique.
Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté.