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DOSSIER LES NOUVELLES D'ADDIS

Commerce équitable et nouveaux modes de consommation

L'organisation des échanges, dominée par des forces économiques occidentales de plus en plus concentrées, s'est construite sur une véritable spoliation des paysanneries des pays tropicaux. Pourtant le consommateur peut devenir consom’acteur. De plus en plus de produits labellisés “commerce équitable” ou “fair trade” apparaissent, y compris dans la grande distribution occidentale.


YEHULATCHEN SEM

Mais que peut faire le consommateur de nos pays riches ? Il sait que bien des produits alimentaires qu’il achète viennent des pays du sud. Mais sait-il que l'organisation des échanges, dominée par des forces économiques occidentales de plus en plus concentrées, s'est construite sur une véritable spoliation des paysanneries des pays tropicaux ? Il s’en doute peut-être, car cela fait plusieurs décennies que l’on parle de “pillage du tiers-monde” ou d’“échange inégal”. Mais une fois devant les rayons des supermarchés, il a fort à faire pour choisir entre un éventail de marques qui lui font croire que la concurrence joue encore son rôle alors que ces marques appartiennent à un groupe restreint de sociétés multinationales ou nationales. Et pourtant le consommateur peut devenir consom’acteur. Le mouvement du commerce équitable est sorti de sa confidentialité. De plus en plus de produits labellisés “commerce équitable” ou “fair trade” apparaissent, y compris dans la grande distribution occidentale.

Mais il ne faut pas se leurrer, le commerce équitable ne représente encore que 10% des exportations de café, selon l’Organisation de labellisation du commerce équitable (Fairtrade Labelling Organization). Même si la FLO estime que de nombreuses productions pourraient bénéficier de ce label ; certaines en ont d’ailleurs fait la demande et attendent leur enregistrement. 100.000 petits planteurs d’une vingtaine de pays, rattachés à des coopératives labellisées, reçoivent un prix plus juste pour leur production et sont beaucoup moins soumis aux fluctuations des marchés spéculatifs. En 2000, ces producteurs ont exporté 12.300 tonnes de café, répondant aux exigences du label.

Décolonisation et commerce équitable. Le mouvement pour un commerce équitable date de l’ère des décolonisations. Dès 1957, des jeunes catholiques hollandais créent une association en vue d’importer des produits du Tiers-monde. C’est le début de ce qui deviendra plus tard un mouvement européen qui attribue le label Max Havelaar à des produits importés selon les critères du commerce équitable.

Le nom Max Havelaar est tiré d’un livre édité en 1860. Sous le pseudonyme Multatuli, l’auteur, un administrateur colonial hollandais en Indonésie, critiquait entre autres la Compagnie commerciale des Pays-Bas qui exploitait des plantations de café.

1964, Genève : Conférence des Nations-Unies pour le commerce et le développement. Les pays du sud insistent sur la nécessité d’échanges justes (« Le commerce, pas l’assistance »).
1969 : Le premier Magasin du monde s’ouvre aux Pays-Bas. Il y en a plusieurs milliers actuellement en Europe.
1988 : Le premier label de commerce équitable est lancé sous le nom de Max Havelaar. Il ne concerne encore que le café. Par la suite d’autres produits importés seront labellisés.
1990 : Création de l’Association européenne de commerce équitable (EFTA, European Fair Trade Association) qui regroupe 13 organisations dans 10 pays.
À ce jour, trois labels existent en Europe. Fairtrade Mark (Royaume-Uni, Irlande), TransFair (Allemagne, Autriche, Luxembourg, Italie), Max Havelaar (Pays-Bas, Belgique, France, Danemark, Suisse).


Préparation du café dans un hôtel de Tepi, Éthiopie (photo Robert Wiren)
Information et marketing. Des institutions (1) proposent des animations pour des jeunes publics. Par exemple à Montpellier, Agropolis Museum (2) reçoit collégiens et lycéens dans le cadre de ses actions de communication sur les systèmes alimentaires d’hier et d’aujourd’hui. Sous le thème “Café et commerce équitable”, il propose une animation pour découvrir l’origine du café et comprendre les mécanismes du marché des matières premières. Avec une sensibilisation à la notion de commerce équitable. Un dossier document est destiné à classe et à l’enseignant.

L’action des consommateurs peut influencer les grands groupes qui découvrent l’intérêt d’utiliser le drapeau du commerce équitable afin de se donner une image “éthique”. Une certaine ambiguïté n’est pas absente de la motivation réelle de ces groupes. Mais si cela permet d’augmenter la part des produits pour lesquels les producteurs reçoivent une rémunération correcte, pourquoi pas ? En ce qui concerne le café, le cas de Starbucks est intéressant : c’est une chaîne internationale de bars à café qui surfe maintenant sur la vague du bio et du commerce équitable et qui se développe à grande vitesse. Elle a commencé aux États-Unis et au Canada. Des filiales existent au Japon, en Corée du sud, en Europe (Royaume-Uni, Allemagne, Autriche, Suisse). Elle emploie 50.000 personnes. La société américaine a des actionnaires et elle est cotée en Bourse. Ses dirigeants ont misé sur des cafés de qualité et sur la convivialité, ce qui n’est pas toujours évident dans les “coffee-shop” américains classiques. En outre, on peut aussi acheter du café dans les “Starbucks Coffee”. La chaîne joue sur tout l’éventail d’une offre moralement correcte. Les cafés Starbucks sont étiquetés dans quatre catégories : Commerce équitable, Biologique, Achat direct (avec contrat pluriannuel et prix garanti), Écologique (agriculture respectant l’environnement). Cette société a un accord de partenariat avec Oxfam et la Fondation Ford qui les lie à une grande coopérative du commerce équitable Cepco.

  Acheter équitable. La plupart des grandes surfaces occidentales proposent des cafés labellisés “commerce équitable”, “biologique”. Les emballages portent parfois d’autres mentions insistant sur la solidarité avec les petits producteurs du sud. Les chaînes de magasins spécialisés (solidarité avec le Tiers-Monde, produits biologiques, etc.) vendent des marques labellisées “équitable”. On trouve également de nombreux produits labellisés “fairtrade”, dont le café, sur une multitude de sites internet qui vendent ces produits en ligne. Quelques artisans torréfacteurs proposent aussi quelques cafés “équitables”.

On notera qu’en Europe, des collectivités (parlement européen, villes, ministères…) ont mis le café équitable à la carte de leurs cantines ou distributeurs de boissons. Le geste mérite d’être souligné, mais les paysans du sud préfèreraient sans doute que l’Europe, acteur essentiel au sein de l’Organisation mondiale du commerce, incite l’OMC à revoir les règles du commerce agroalimentaire international, pour les rendre toutes équitables. – YS


(1) Sélection d’associations diffusant des outils pédagogiques pour l’éducation au développement :
– Afric’Impact, tél. : 33 (0)4 76 47 05
– Comité français de solidarité internationale, tél. : 33 (0)1 44 83 63 89. Internet : www.cfsi.asso.fr
– Fédération artisans du monde, tél. : 33 (0)1 43 72 37 37. Internet : www.artisans dumonde.org
– Solagral (Solidarité agro-alimentaire), tél. : 33 (0)1 43 94 73 33.

(2) Agropolis museum, tél. : 33 (0)4 67 04 75 14. Internet : www.museum.agropolis.fr


Réseaux fédérant des associations :
– Peuples solidaires, tél. : 33 (0)4 78 29 86 71. Internet : www.peuples-solidaires.org
– Ritimo, tél. : 33 (0)1 44 64 74 14. Internet : www.globenet.org/ritimo
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© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2005.http://www.lesnouvelles.orgLes nouvelles d'Addis,
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