Ces derniers temps, les rues dAddis se refont une beauté : ramassage des ordures, aménagement des plates-bandes et de tout espace vide, plantations darbres, de fleurs, performances artistiques en tous genres. Que se passe-t-il ? LÉthiopie va-t-elle accueillir les prochains JO ? Une réunion des G7 est au programme ? On fête les 10 ans de ce gouvernement ? Point du tout.
Il sagit dun engouement spontané et général de la population pour un message, une action, celle de GAM. Chers lecteurs de Bonjour ! Ça va ?, vous naviez, bien sûr, pas manqué linterview de Gash Aberra Mola dans BCV n° 2. Vous nêtes donc pas sans savoir que le célèbre chanteur pour enfants avait entrepris la création dun jardin sur Piazza avec réhabilitation de jeunes sans emploi. En février, il est passé à la télé, dans la fameuse émission dAlebe, et il a exprimé sa tristesse de voir que la ville dAddis, depuis son retour de létranger, navait cessé de se dégrader.
Depuis, ce show sentimental a fait son effet puisque les gens, au nom du chanteur, ont pris linitiative dembellir leur quartier. Des jeunes qui nont rien dautre à faire que de se tourner les pouces ont retroussé leurs manches. Les voilà déblayant lasphalte encombré de déchets, peignant les tôles ondulées, plantant tout ce que les propriétaires de jardins veulent bien leur donner.
Mais le plus impressionnant est tout à coup cette concurrence esthétique qui est née entre les quartiers ! Ensera (jarres) et djebena (cafetières) cassées sont récupérées pour être réutilisées dans des décorations aux thèmes traditionnels (cérémonies du café, kiskista) et néanmoins originales par lutilisation des matériaux. Ici une scuplture faite dune ensera retournée et dune grosse pierre pour la tête, là une poupée de chiffons, plus loin un mini toukoul en en paille et bambous, capsules alignées, cailloux et troncs darbres peints en couleurs vives
On touche à lart brut, mais aussi à lart éphémère, car certains ont même creusé des pastèques pour en faire des visages ! Ces "artistes" enfin sengagent dans des phrases griffonnées en amharique : « Nettoyons notre ville », « Protégeons-nous contre le sida », etc.
Tesfaw, 23 ans, a terminé les beaux-arts lan dernier. Habitant dans le quartier de Djalmeda, il a participé activement à la réalisation de fresques sur murs et poteries. Nous lavons interviewé.
BÇV. -- Comment sorganise ce mouvement ?
T. -- Nous demandons aux gens de nous donner un peu dargent pour acheter quelques matériaux, comme des pots de peinture, des pinceaux...
BÇV. -- Êtes-vous payés ?
T. -- Non, nous sommes bénévoles.
BÇV. -- Avez-vous lintention de donner une autre envergure à cette action ? Par exemple, ne pas faire simplement de la décoration, mais de lart dans la rue ?
T. -- Ce nest pas que nous prenons ces responsabilités à la légère
Nous voulons faire plus, mais nous navons pas assez de matériel, de peintures
ni de temps ! Nous devons aussi gagner de largent pour vivre.
BÇV. -- Quel est votre métier ?
T. -- Je suis sculpteur. Jai fait deux expositions, mais je nai pas vendu beaucoup.
BÇV. -- Merci.