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Éthiopie terre d'agriculture et d’élevage
Le plus important cheptel d'Afrique et la plus importante banque de semences végétales du tiers-monde


BERNARD FAYE
CIRAD-EMVT (1)

[Octobre 1997] -- L’image d’une Éthiopie de famine et de désert colle encore à la peau d’un pays qui est pourtant une puissance agricole et qui dispose d’un potentiel de développement remarquable. On l’ignore trop souvent, mais l’Éthiopie dispose de la plus performante banque de semences végétales du tiers-monde avec près de 45.000 échantillons de plus de 80 plantes dont de nombreuses espèces et variétés indigènes. Cette nation dispose aussi du plus important cheptel d’Afrique. Pour 57 millions d’habitants, on comptabilise environ 31 millions de bovins, 20 millions de moutons, 15 millions de chèvres, 6 millions de chevaux et d’ânes, plus d’un million de dromadaires. L’Éthiopie détient 15% du cheptel africain et se situe au neuvième rang mondial. L’Éthiopie est une terre d’élevage, cette activité contribuant au tiers du PIB agricole (le café prenant la part prépondérante), soit 16% du PIB global. Et surtout, elle occupe et permet de faire vivre une fort nombreuse main-d’œuvre rurale qui représente près de 80% de la population.

Pourtant, le cheptel éthiopien est peu productif, fragilisé et soumis aux contraintes classiques de l’insuffisance des ressources alimentaires et des maladies, ce qui explique sans doute la faible consommation de protéines animales dans les foyers : en moyenne (chiffres cachant une grande disparité, notamment entre les villes et les campagnes), l’Éthiopien consomme annuellement 16 litres de lait, 40 œufs, 8 kg de viande rouge et 1,75 kg seulement de viande blanche.

Ce constat avait déjà été fait depuis longtemps et l’appui aux productions animales était apparu essentiel dans le cadre des accords de coopération signés entre de-Gaulle et Haïle Sellassié en 1960. C’est de ce constat et de ces accords qu’allait démarrer une fructueuse collaboration entre la France et l’Éthiopie dans le domaine vétérinaire avec une première urgence : doter le pays d’une unité de production de vaccins contre les maladies du bétail les plus contraignantes.

National Veterinary Institute (NVI). À 50 km au sud d’Addis, Debré-Zeit est considérée comme la capitale vétérinaire de l’Éthiopie. En 1963, y était créé l’Institut vétérinaire national dont l’essentiel de l’activité était la production de vaccins. La quasi-totalité du personnel éthiopien entreprit sa formation en France, dans les écoles vétérinaires ou à l’Institut Pasteur de Paris. Le docteur Fikkré qui dirigea le NVI jusqu’à sa retraite était diplômé de l’École de Toulouse. Et les vétérinaires français furent nombreux à venir contribuer aux activités de production de vaccins, mais aussi de recherche appliquée). Dans les années 70, ils étaient près d’une dizaine à travailler avec des chercheurs éthiopiens pour répondre à la protection du cheptel contre des fléaux tels que la peste bovine, la péripneumonie contagieuse, la fièvre aphteuse ou la fièvre charbonneuse. C’est ainsi que naquit la Mission vétérinaire française en Éthiopie, pilotée par l’Institut d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux (l’IEMVT).
Aujourd’hui, le laboratoire de Debré-Zeit se concentre sur la production de vaccins, d’autres structures prenant en charge les aspects recherche. Près de 60 millions de doses de vaccins destinés à prévenir 11 maladies du bétail et de la volaille sont produits. Des exportations se font dans 16 pays africains. À l’heure où la coopération française s’éloigne du NVI, l’Éthiopie dispose de l’outil de production moderne qui lui manquait pour contribuer au combat contre les grandes épidémies du bétail. Il n’y a plus de vétérinaires et de techniciens français dans les laboratoires et auprès des fermenteurs, mais nombreux sont encore les jeunes chercheurs éthiopiens qui viennent parfaire leurs connaissances au département Élevage et Médecine vétérinaire du CIRAD (Centre de coopération internationale pour la recherche agronomique et le développement), l’ancien IEMVT, aujourd’hui à Montpellier.

Formation vétérinaire. C’est au début des années 80, que la nécessité de disposer d’un effectif suffisant de vétérinaires se faisant de plus en plus sentir, le gouvernement éthiopien s’engagea dans la construction de la faculté vétérinaire. Elle allait s’installer dans les locaux de l’École des assistants vétérinaires qui existait déjà depuis une vingtaine d’années, à Debré-Zeit, jouxtant le NVI. La coopération française contribua également à cette mise en œuvre de la formation in situ des futurs cadres de la santé animale. Plusieurs enseignants français, en attendant que les promotions nationales prennent la relève, cohabitèrent avec des enseignants russes, cubains, allemands. Et si aujourd’hui la faculté vétérinaire de Debré-Zeit peut s’enorgueillir d’un corps professoral entièrement éthiopien, on sollicite encore l’expertise de professeurs des écoles vétérinaires françaises à l’occasion de soutenances de thèses d’étudiants.

En dépit de la création de la faculté à Debré-Zeit, la coopération française a continué d’assurer la formation de jeunes éthiopiens du lycée français dans les écoles vétérinaires de Toulouse, de Lyon ou d’Alfort jusqu’à une époque récente. Sans parler des nombreux stagiaires qui ont contribué fortement à assurer la relève dans les laboratoires et les services de santé animale du ministère de l’Agriculture éthiopien.

Services vétérinaires et vétérinaires de brousse. Le dispositif vétérinaire, mis en place dans le cadre de ces 35 années de coopération comprenait, avant même le fonctionnement du laboratoire de Debré-Zeit, l’installation de services vétérinaires éthiopiens dans les provinces les plus reculées. Dans les années 70, il y avait de nombreux Volontaires du service national (VSN) pour participer aux actions de vaccination et de prévention dans les régions profondes. Ils étaient deux à Diré-Daoua (à l’époque province du Harrague) et à Aouassa (Sidamo), un à Arba-Mintch (Gemu-Goffa) et à Neguelli (Borana). Ils participaient aux diverses opérations de lutte contre les maladies du cheptel et d’enquêtes épidémiologiques en étroite collaboration avec les services vétérinaires locaux.

Ces postes destinés à de jeunes volontaires français cessèrent d’exister à la fin des années 70, dans la tourmente des épisodes mouvementés de l’après-révolution. Ce sont des vétérinaires cubains qui prirent un temps la relève dans les différentes régions du pays (ils furent près d’une centaine), mais sans moyens, ne parlant pas toujours l’anglais, leur rôle fut limité.

Après la famine “médiatique” de 1984-1985, un timide retour des vétérinaires de brousse français fit son apparition au travers des ONG que le Projet vétérinaire et agricole français en Éthiopie (nouvelle appellation de la Mission vétérinaire française) permit d’introduire. Ils participèrent à des actions de formation des auxiliaires de santé animale (ce qu’on appelle en Éthiopie, les scouts vétérinaires, généralement des éleveurs accédant à des notions de santé de base et disposant d’un minimum de médicaments) et à la création d’un atelier de production de pierres à sel dans la région Afar pour pallier les carences minérales du cheptel, nombreuses dans la zone.

Et l’avenir ? La présence vétérinaire française est aujourd’hui [fin 1997, ndlr] réduite à sa plus simple expression. Le CIRAD n’y dispose plus que de deux chercheurs dont l’un est dans un organisme international (Institut international sur la recherche en élevage, ILRI en anglais) à Addis-Abeba. L’autre participe pour encore quelques mois aux recherches sur une nouvelle maladie qui a décimé le cheptel de dromadaires dans toute la Corne de l’Afrique. L’espoir d’un renouveau de la coopération vétérinaire se fait jour cependant, mais avec la nécessaire montée des contributions européennes et des organisations non-gouvernementales comme opérateurs privilégiés, elle se doit de changer de forme. C’est dans ce sens que l’avenir se dessine. Depuis 35 ans que des liens professionnels et amicaux se tissent entre les vétérinaires français et éthiopiens, il est impensable que sous une forme ou une autre, elle ne puisse perdurer. Le bétail éthiopien et les éleveurs qui en vivent ne peuvent que le souhaiter. -- BF


(1) CIRAD-EMVT : Centre de coopération internationale pour la recherche agronomique et le développement -- Élevage et médecine vétérinaire tropicale.

Auteur de Éleveurs d'Éthiopie (Karthala, Paris, novembre 1990), Bernard Faye est membre du comité de rédaction des Nouvelles d'Addis.


Lire aussi :
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Les enjeux zootechniques de la famine en Ogaden
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