C'est un virus connu depuis 1931 (Phlebovirus genre Bunyaviridae) qui est à l'origine de la fièvre de la Vallée du Rift (FVR). Il doit son nom au fait qu'il a été isolé pour la première fois dans la Vallée du Rift au Kenya. La maladie, quant à elle, a été observée pour la première fois en 1950 en Afrique du Sud. C'est un arbovirus, ce qui signifie qu'il est transmis par des insectes piqueurs, des moustiques femelles en l'occurrence qui le véhiculent notamment dans les ovaires ! La FVR a commencé à faire parler d'elle en 1977 au Soudan et en 1977-1978 elle touchait plus de 18.000 personnes dans la vallée du Nil, principalement en Haute-Égypte, tuant 600 personnes. Elle a aussi affecté la vallée du fleuve Sénégal (Mauritanie et Sénégal) en 1987. Mais elle affecte aussi les animaux chez qui elle provoque des avortements (le virus tue en priorité les embryons) et de nombreuses mortalités, surtout chez les jeunes ruminants (veaux, agneaux, chevreaux, chamelons). Les animaux contaminés peuvent à leur tour toucher les hommes qui vivent de près avec eux (éleveurs et bouchers en premier lieu), surtout par contact direct, soit indirectement par les moustiques. C'est dire l'importance de la surveillance des troupeaux.
En quoi cette information intéresse l'Éthiopie ? C'est l'actualité épidémiologique de la maladie depuis 1997 qui interpelle d'abord les Éthiopiens. En effet, liée à une pluviométrie particulièrement abondante cette année-là (ce qui a favorisé la multiplication des moustiques), une épidémie de FVR a touché près de 90.000 personnes au Kenya, en Tanzanie et en Somalie. De nouveau en 2000, des conditions météorologiques favorables ont cette fois-ci permis le développement de moustiques vecteurs dans la péninsule arabique (alors que la corne subissait plutôt une dure sécheresse), entraînant des cas au Yémen et en Arabie Saoudite. En septembre dernier, 119 décès sont recensés en Arabie et 109 au Yémen pour 857 malades au total. Ces nouveaux semblent liés à l'importation de bétail contaminé. Le virus étant hébergé chez ces animaux réservoir, il a pu ré-émerger au moment de la multiplication des insectes.
Officiellement, aucun cas n'a été répertorié en Éthiopie en 1997, mais les échanges d'animaux avec les pays voisins sont nombreux et peu contrôlés ni contrôlables. Aux marges du pays, près de la frontière kenyane et somalienne, il existe de nombreux pâturages communs qui favorisent le passage potentiel du virus et il est possible que des exportations non contrôlées existent entre la corne de l'Afrique et les pays du golfe. Dans ce cadre l'Éthiopie a donc subi en 1997 un premier BAN (interdiction d'exporter du bétail vers la péninsule arabique) qui a pu être levé après presque un an et demi suite à des négociations intenses avec les pays importateurs. Mais en octobre 2000 de nouveau, une nouvelle interdiction a été imposée issue de six pays du golfe envers huit pays de la corne de l'Afrique considérant le nouveau risque d'importation de la maladie via des animaux contaminés (même si les conditions climatiques n'étaient pas cette fois-ci favorables au boom de la maladie dans la corne).
Selon de nombreuses évaluations (FSAU, Food Security Assessment Unit, par exemple), cette interdiction à l'export de bétail apporte un risque en terme de sécurité alimentaire pour les populations pastorales qui vendent ce cheptel et qui auront donc moins de revenu pour acheter des céréales. L'impact économique au niveau d'un pays comme l'Éthiopie a été aussi discuté et est sérieusement pris en considération (Flash, Issue, 6-30 November, 2000). Ces discussions mettent l'accent sur la faiblesse des services vétérinaires et des politiques d'élevage pour intervenir ou prévenir ces problèmes.
Actuellement, un projet de télésurveillance par satellite (projet Emercase auquel participent le CIRAD, l'IRD, des universités françaises, l'Institut Pasteur, l'OMS et des instituts de recherche du Sénégal) est en cours pour élaborer des modèles mathématiques destinés à suivre et à prévoir l'évolution de la maladie. Cette télésurveillance concerne aussi bien la maladie humaine qu'animale compte tenu des interactions évoquées plus haut. L'Éthiopie n'est pas dans le dispositif Emercase, mais la vigilance reste d'actualité. Le renforcement des services vétérinaires dans les pays concernés fait aussi partie des conditions requises pour l'alerte précoce et pour prévenir certaines conséquences de la maladie dans des temps raisonnables. Il faut aussi noter que les règles sanitaires internationales dans le cadre de la globalisation des marchés prennent de plus en plus de place dans les règles de mise en marchés de bétail et constituent dès à présent des contraintes supplémentaires pour les pays pauvres. -- BF & PB
(1) CIRAD-EMVT : Centre de coopération internationale pour la recherche agronomique et le développement -- Élevage et médecine vétérinaire tropicale.
Auteur de Éleveurs d'Éthiopie (Karthala, Paris, novembre 1990), Bernard Faye est membre du comité de rédaction des Nouvelles d'Addis.
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