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Lettres et communiqués

Aden Robleh Awaleh, président du Parti national démocratique djiboutien (PND, opposition) a été arrêté à son domicile mercredi 4 avril 2001 et incarcéré à la prison de Gabode. Il avait refusé de se rendre à une convocation du juge pour interrogatoire dans le cadre de l'enquête sur l'« affaire du Café de Paris » (1990). Après un procès express le 9 avril, il a été condamné à 6 ans de prison avec sursis et libéré au sortir de l'audience.

Pour éclairer ce dossier, en complément de notre dépêche et de ses liens renvoyant à d'autres sites d'informations et de commentaires, nous publions les lettres et communiqués de M. Aden Robleh Awaleh, qui assure n'avoir « absolument rien à voir avec cette affaire ».

Dépêche MDP du 8/04/01 sur l'arrestation et l'incarcération de M. Robleh

Des questions demeurent après le procès express de l'attentat du Café de Paris

ADEN ROBLEH AWALEH
PRÉSIDENT DU PND
PARTI NATIONAL DÉMOCRATIQUE
BP 10204, DJIBOUTI
TÉL. : 34 21 94
awaleh@intnet.dj

« Je me considère comme otage »
4 avril 2001

Communiqué

L'affaire dite du “café de Paris ” n'est qu'un prétexte à un règlement de compte politique dont la cible est l'opposant que je suis.
Il n'y a pas d'État de droit à Djibouti.

Je me considère comme l'otage d'un clan tribal à la tête duquel se trouve M. Ismaël Omar Guelleh.

Fait à Djibouti, le 4 avril 2001

« Je n'ai rien d'autre à ajouter »
4 avril 2001

Lettre au président de la Cour criminelle, en réponse à la convocation qu'il lui avait adressée

Monsieur le Président,

J'ai bien reçu la convocation que vous m'avez adressée.
Je ne vous cache pas ma grande surprise quant à l'objet de cette convocation.
Je ne vois absolument pas les raisons pour lesquelles vous voulez m'interroger sur cette affaire dite "café de Paris".
Pour ma part, je considère que le fait de m'interroger sur cette affaire constitue en soi un déni de justice que je ne peux pas ne pas récuser.

En disant cela je me fonde sur les motifs suivants :
1) je n'ai absolument rien à voir avec cette affaire étant donné qu'aux moments des faits je vivais à dix mille kilomètres de Djibouti, lieu où lesdits faits se sont produits.
2) Cette affaire a fait, pour ce qui me concerne, l'objet d'une amnistie.

Comme vous le savez, sans doute, l'affaire en question avait eu lieu en septembre 1990. A cette époque je vivais en exil en France, exil qui avait commencé le mois de mai 1986.
Au moment des faits, j'avais été, injustement d'ailleurs, mis en cause par les autorités djiboutiennes. Puis-je vous rappeler que j'avais également été mis en cause pour l'affaire du café "Historil" et pour bien d'autres choses encore ?

C'est lorsque notre pays s'est résolu, après une résistance aussi vaine qu'insensée, à adopter le multipartisme que je me suis décidé à rentrer au pays.
Je suis arrivé à Djibouti le 13 septembre 1992 et pour que cela soit possible il a fallu que les autorités djbitouiennes aient amnistié toutes les poursuites antérieures à cette date. Voilà la vérité et la justice.

J'ai l'intime conviction que cette affaire n'est qu'un prétexte à un règlement de compte politique dont la cible est l'opposant que je suis.
Il est malheureux que notre pays ne retienne pas les leçons de l'Histoire. Il devrait savoir que l'ère des faux procès est bel et bien révolu. Le refus de toute forme d'expression politique, la dévotion du système judiciaire au pouvoir politique sont les causes profondes des tragédies qui ont accablé tant de pays notamment africains.
C'est dommage, vraiment dommage que notre petit pays se croit obligé d'emprunter ce système qui a causé tant de destructions. Si notre pays ne change pas de cap, il n'y a pas de doute qu'il plongera dans ces tragédies. La Somalie sœur, l'Angola, la Sierra-léone, le Rwanda, les deux Congo, etc. doivent nous faire réfléchir.

Je suis l'un des pionniers de cette indépendance qui fait de ce pays ce qu'il est aujourd'hui : un pays libre et souverain. J'ai l'impression que le régime en place se montre amnésique quant à la l'Histoire de notre glorieuse lutte de libération. Si les pionniers de l'indépendance n'ont ni respect ni considération qu'adviendra-t-il du commun des mortels ?

Je doute que mon discours attire la moindre attention de votre part car le système auquel vous appartenez ne fait guère de place à la raison. Si vous étiez libre de décider par vous-même en tant que juge je suis sûr que vous n'évoqueriez même pas, pour ce qui me concerne, l'affaire dite de "café de Paris" pour le motif que celle-ci n'est pas une affaire de nature judiciaire mais tout simplement une machination politique.

Ce que j'ai à dire à propos de l'affaire en question est contenu dans la présente lettre. Je n'ai rien d'autre à ajouter.
Le régime peut faire l'économie d'une mise en scène procédurale ; s'il veut régler des comptes avec l'opposant que je suis il lui est loisible de m'enlever en envoyant ses sbires. Auquel cas je me considérerai comme l'otage d'un clan tribal. Je suis mentalement préparé à toute éventualité ; ma grande expérience politique m'enseigne qu'il faut s'attendre à tout de la part d'une dictature.

La présente lettre sera publiée si cela s'avère nécessaire.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma considération.

« Je ne vois pas l’intérêt de recourir aux services d’un conseil »
8 avril 2001

Communiqué

Le procès qui m’est fait n’a rien de judiciaire. C’est un procès politique dont l’issue ne peut être que ma condamnation.
S’il y avait dans ce pays une justice digne de ce nom, je n’aurais jamais comparu devant aucun tribunal pour l’affaire dont il est question.

J’ai eu un avant goût de ce "procès" mercredi dernier : une section de policiers armés de kalachnikovs m’avait pratiquement enlevé dans mon domicile pour me conduire directement dans une cellule de la prison de Gabode et cela sans aucun mandat de dépôt.

Ma position à propos de ce "procès" est clairement exposée dans ma lettre en date du 4 avril 2001, lettre que j’avais adressée à l’administration judiciaire.

Je suis surpris que la radio djiboutienne ait annoncé que je serai représenté par un avocat du nom de Mohamed Omar.
L’avocat en question est venu me voir dans ma cellule et je lui avait clairement signifié que je n’avais besoin des services d’aucun avocat. Je trouve impensable qu’il n’ait pas rapporté ma décision à qui de droit.
Connaissant la nature du procès qui m’est fait, je ne vois pas l’intérêt de recourir aux services d’un conseil.

Notre pays vit sous une dictature implacable. La liberté, les droits de l’homme, la démocratie n’existent pas dans le pays.

Depuis le jour où le régime m’a enlevé de mon domicile je me considère comme un prisonnier politique.


© Les Nouvelles d'Addis (LNA) 2001. -- http://www.lesnouvelles.org -- Les Nouvelles d'Addis,
le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique.
Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté.