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Un point de vue

Un internaute djiboutien nous a communiqué le texte ci-contre, « inspiré par l'actualité judiciaire en Europe ». Nous sommes habituellement réservés vis-à-vis d'articles signés d'un nom de plume dont nous ne connaissons pas l'auteur mais nous faisons exception parce que celui-ci concerne le débat pour une nouvelle approche des droits de l'homme.

Ce texte est publié sous la responsabilité de son auteur. Son contenu n'engage pas la rédaction des nouvelles.org


Droits universels : justice sans frontière ?
Un article inspiré par l'actualité judiciare en Europe, qui selon son auteur, pourrait intéresser ses compatriotes djiboutiens, surtout ceux se trouvant en Belgique.


FREEMAN

18 avril 2001. -- En ce début de semaine post-pascale, l'actualité judiciaire passe forcément par la Belgique. En effet, une cour d'assises belge est amenée à juger, et éventuellement à condamner des citoyens rwandais poursuivi pour leur probable participation à l'un des épisodes tragiques du génocide du Rwanda.
Tout l'intérêt de cette affaire se trouve dans la reconnaissance de la compétence d'un juge -- en l'espèce belge -- pour connaître de crimes commis à l'étranger par des ressortissants étrangers sur d'autres ressortissants étrangers (génocide rwandais). En résumé, aucun Belge ne se trouve ni sur le banc des accusés, ni sur celui des victimes. En matière de droit pénal national et international, cette affaire constitue une grande brèche contre tous les dispositifs légaux qui avaient permis et susceptible de permettre à nouveau, à certains criminels de se soustraire à la justice de leur pays et à la justice des hommes tout court.

Très récemment, la justice sénégalaise s'est déclarée incompétente pour juger Hissène Habreh, la cour de cassation française en a fait de même face aux poursuites diligentées par le juge d'instruction français Jean-Louis Bruguière dans l'affaire de l'attentat de l'avion de la compagnie UTA . La justice du pays des droits de l'Homme s'est cachée derrière une coutume en droit international qui accorderait une sorte d'immunité, contre toute poursuite, à tout chef d'État en exercice comme le colonel Kadhafi.

Pour une fois la justice belge nous étonne positivement. Aujourd'hui, elle est entrain de poser les jalons d'une nouvelle justice internationale. Une sorte de justice sans frontière. Nous espérons que ce premier pas va susciter un débat dans les milieux juridiques et judiciaires ; et surtout dans les sphères des organismes internationaux (Nations-Unies) sur l'opportunité et les conséquences de telles poursuites.

En restant sur cette note optimiste, verrions nous le jour où les instances internationales se saisiront de cette opportunité historique pour entamer, non pas une simple réflexion, mais la mise en place effective d'un traité ou d'une convention internationale pour valider cette possibilité ouverte pour toute juridiction nationale de se saisir et de poursuivre des non-ressortissants coupables de crimes sur des étrangers, en dehors du territoire national.
Si cette espérance légitime venait à se concrétiser. Il n' y aurait plus sur notre village planétaire de sanctuaire possible pour les criminels en fuite et pour ceux encore à l'œuvre. Ce serait un signal non négligeable pour ceux qui seraient tentés de recourir à la folie meurtrière du génocide en tant que mode de résolution des différents ethniques et de conflits civils.
Qui sait ? Les drames du Rwanda, du Burundi, du Congo, de l'ex-Yougoslavie auraient peut-être pu être évités ?
L'on verrait ainsi un juge canadien, français ou américain poursuivre et condamner une personne qui aurait commis des crimes sur des ressortissants djiboutiens, sur le territoire de la République de Djibouti.

Ismail Omar Guelleh, ses ministres, ses juges serviles, les militaires coupables de crimes, les hauts fonctionnaires coupables de crimes économiques sont susceptibles, un jour, de passer devant des juridictions étrangères pour des actes criminels commis sur la population djiboutienne.

Dans cette esprit, nous recommandons à tous nos compatriotes (surtout ceux se trouvant en Belgique) qui ont fait l'objet de violences, de sévices ou de tout autre faits susceptibles d'être qualifiés de crime contre l'Humanité, de déposer plainte devant la juridiction de leur pays d'accueil.
N'oublions pas que des crimes ont été commis pendant la guerre dans le nord. Des viols collectifs, des exécutions sommaires, des massacres de populations civiles, des violations des règles de la guerre ont été commis dans une totale impunité. Cette épisode de notre histoire n'a pas encore été soldée. Tous les individus composant la chaîne de commandement (les commanditaires et les exécutants) de ce terrible épisode sont toujours en liberté et au pouvoir.

Quant à nos compatriotes restés au pays, nous leur demandons de constituer des preuves de toute nature, susceptibles d'étayer et de confondre ces individus lors de poursuites judiciaires à Djibouti ou à l'étranger. Chaque élément pourrait être utile : documents écrits, témoignages, déclarations et coordonnées des victimes, certificats médicaux, photos, traces de flux financiers douteux (les salariés des banques sont en mesure de le faire), importation et distribution d'armes ; etc.

C'est à cette condition que l'on pourrait demander un jour des comptes à tous les dignitaires du régime criminel et maffieux de Djibouti.
Un jour ou l'autre, la justice finira bien par passer sous le ciel de Djibouti. Ce n'est ni la providence, ni le hasard qui réaliseront ce vœux. C'est à nous, hommes, femmes et jeunesse de Djibouti, de nous lever comme un seul homme pour se débarrasser de cette malédiction qui nous rongent depuis plus de deux décennies.
Ce régime est loin d'être une fatalité et encore moins d'être héréditaire comme au Congo ou en Syrie.
Levons nous et mettons un terme à cette descente aux enfers. -- F


© Les Nouvelles d'Addis (LNA) 2001. -- http://www.lesnouvelles.org -- Les Nouvelles d'Addis,
le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique.
Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté.