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Colloque Les nouvelles d’Addis-Les Verts / Paris, Assemblée nationale, 2 février 2004

Très bien mais il faudrait encore mieux faire

Journaliste, photographe, intervenante humanitaire en Éthiopie, Julie Huou, collaboratrice des Nouvelles d'Addis, nous a adressé la première chronique post-colloque. Elle a bien aimé cette réunion, donc elle est exigeante, donc elle pointe les manques.

 


JULIE HUOU
 

Lundi 2 février, salle comble à l’Assemblée nationale pour une journée dédiée à la corne de l’Afrique… ! Pari réussi pour Les nouvelles d'Addis, qui, en association avec Les Verts, avait organisé le colloque. Peut-être même n’en espéraient-ils pas tant ?! Nombre de spécialistes de cette région d’Afrique, de pays ou de thématiques particuliers, et une quarantaine de journalistes ont assisté, très assidus… et réactifs, au colloque, écoutant une vingtaine d’interventions, des plus générales (paix et développement) aux plus pointues (l’importance de tenir compte du bétail dans cette région d’Afrique, témoignage spécialisé qui a pu faire sourire – après un exposé sur le Darfour, de passer aux « camels » somalis ! – mais néanmoins très juste, amenant aux enjeux globaux de la région).

Noël Mamère a, dans son ouverture, émis l’idée de la nécessité de créer un « lobby français et européen pur la corne de l’Afrique ». Oui, car effectivement, on assiste à un « déclassement géopolitique de la Corne » (R. Marchal).

Quelques tensions : par exemple, une intervention d’une érythréenne vivant à Paris, à la tribune, jugée trop longue par le modérateur, a suscité quelques échanges nationalistes ponctués de soupires et d’applaudissements… La majorité de l’assistance étrangère était, si j’en juge bien, éthiopienne. L’Éthiopie a par ailleurs été le sujet de plus nombreux débats que son voisin l’Érythrée (dont son Ambassadeur en France était absent). On comprend cette femme qui, ne respectant pas son sujet, s’est « emballée » dans des propos déplacés… appelons cela la peur du public et l’appel de la nation… Quoi de plus normal d’ailleurs que ces « haussements de ton » lorsqu’on parle de ces pays tous littéralement déchirés par des guerres ou autres désastres qui durent trop, avec un public de tous bords !

Des moments drôles aussi, d’autres inattendus. Drôles lorsqu’un djiboutien souhaite prôner la politique de son pays après une intervention sur la situation actuelle dans le Darfour (Soudan)… Il n’a pu le faire. Inattendus lorsque dès l’ouverture du colloque, l’ambassadeur de Somalie à Paris a manifesté sa déception de n’être qu’un simple invité et a annoncé son départ de la salle : il était venu pour partir…

L’intérêt de rassembler dans la même salle chercheurs, humanitaires, spécialistes de pays, politiques (représentants français, ambassadeurs dont l’ambassadeur d’Éthiopie à Paris) et autres intéressés a été démontré : la richesse des interventions n’en était que meilleure. Toutes se complétaient, fût-ce par hasard. Je suivais les discours et y voyais en permanence une logique, en regrettant que ce qui fut pour moi tellement évident à un certain moment de l’avancée du colloque ne soit toujours pas posé sur la table : l’homme. On est passé de la description de situations de conflits ou de situations humanitaires à leur possible solution. Je regrette, alors que le sujet était bien là, omniprésent, que personne n’ait prononcé le mot « populations », ou « effort local » ou encore « solution endogène » à des crises que l’on estimait précédemment « endogènes » (dixit par tous). C’était comme si « nous » apporterions une éventuelle solution, que dis-je, la solution, externe à un conflit, externe à une famine, etc…

Mais où sont donc ces hommes dont on parle ? Ne sont-ils capables, au moins, de participer à un processus de paix ou à réduire le niveau d’insécurité alimentaire ? Eh bien si, ils y sont à la base, ce sont eux les plus importants ! Comment parler de sécurité alimentaire sans parler du respect des modes de vie locaux (le pastoralisme en l’occurrence), sans parler ce ces hommes qui subissent les violences de la nature et de ces hommes qui vont contre leur système (sédentarisation oblige) instauré il y a des siècles… et efficace ! Nous nous devons donc, je pense, même à l’Assemblée nationale loin de ces contrées nomades, de parler de ces hommes et montrer, démontrer que « la solution » ne se passe que par un travail en commun, avec eux et par eux. Utopie, peut-être, pas forcément… A l’instar de Stephen Smith et de sa Négrologie, l’Afrique n’est pas rose, la Corne peut-être encore moins, mais « ils » sont toujours capables. L’essentiel est de les y aider, de les convaincre de leur potentielle efficacité, efficience, et non du contraire en faisant tout pour eux…

Deuxième petite déception… Il est étrange qu’encore aujourd’hui, on puisse traiter le thème « paix et développement durable » sans parler du principal obstacle à cet éventuel développement durable : le sida. Les peuples africains sont les plus touchés par le virus, avec, rappelons-le, trente millions de malades sur le continent sur un total de quarante. Comment penser bonne gouvernance sans les hommes, comment penser développement économique sans force de travail, etc… Bref, c’est pourtant « à la mode » de parler de ce fléau, mais il est encore trop souvent oublié dans nos sphères, et particulièrement lorsque nos partenaires locaux sont là, il est dommage de ne pas soulever les enjeux qu’il représente.

En bref, en tant qu’amoureuse de l’Ethiopie et du Soudan, je suis ravie qu’un tel colloque (avec toute sa diversité) ait pu se tenir et avoir son succès : les gens ne voulaient plus partir !!! Essayons de persévérer, renouvelons l’expérience… ichi ?! – JH

    


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