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Colloque Les nouvelles d’Addis-Les Verts / Paris, Assemblée nationale, 2 février 2004

Liberté d’expression

Journaliste, Robert Wiren est membre du comité de rédaction des Nouvelles d’Addis depuis 1998. Membre du collectif d’organisation du Colloque et modérateur de la première table ronde, il a aussi fait le point sur le processus de paix entre l’Érythrée et l’Éthiopie. Sans anticiper sur les actes du colloque (qui seront publiés d’ici trois ou quatre mois), il livre ici quelques réflexions personnelles, autour de cette journée exceptionnelle de rencontres et de débat. Par ailleurs, il est à noter que Robert Wiren s’est beaucoup investi, personnellement et au nom du journal, dans une opération plutôt réussie de relations presse au bénéfice de Edna Adan Ismaïl, ministre des Affaires étrangères du Somaliland.

 


ROBERT WIREN
 

Le colloque sur la corne de l’Afrique est le fruit d’une rencontre heureuse : l’intérêt que portent le député Noël Mamère et les Verts à la situation des pays du Sud et le travail d’information commencé il y a bientôt sept ans par Les nouvelles d’Addis sur cette région. Sans les contacts que l’équipe du journal entretient avec des acteurs du terrain, des spécialistes, des journalistes, des diplomates et des responsables politiques, il aurait été difficile de réunir des intervenants aussi variés et si nombreux. Cette richesse a sans doute été une faiblesse puisque le temps était compté et que l’assistance n’a guère eu l’occasion de s’exprimer et de poser des questions. C’est une leçon à retenir : pour un futur colloque, moins d’intervenants et des thèmes moins amples. Pourtant il n’y a rien à regretter : cette profusion de paroles, d’analyses distanciées et d’affirmations parfois militantes, révélait aussi le besoin de rendre compte d’une région de l’Afrique trop souvent absente dans nos médias français. Car si la Corne comme sous-ensemble revient un peu dans l’actualité, faut-t-il dire merci à Al-Qaïda ?

La journée fut dense, une sorte de mise à niveau en somme pour les participants qui ont pu voir s’ouvrir des pistes de réflexion auxquelles ils n’avaient peut-être pas encore pensé. Ainsi j’ai retenu plus particulièrement ce thème, présent dans des interventions différentes : les causes des malheurs des peuples sont en très grande partie endogènes. Le mot est savant mais la réalité est concrète : cela veut tout simplement dire que les problèmes africains sont d’abord les problèmes des Africains eux-mêmes. Les dirigeants africains ont la liberté de se conduire en dictateurs et en prédateurs des richesses ou en chefs d’États rationnels et pacificateurs. En faire uniquement des marionnettes manipulées par les grandes puissances est insultant pour l’Afrique. Pour ne prendre que l’exemple de la Somalie et du Somaliland : dans un cas la volonté des chefs auto-proclamés de rebâtir le pays semble absente, dans l’autre une stabilité a été retrouvée par la méthode traditionnelles des Somalis destinée à résoudre les conflits internes.

Un aspect important de cette journée a été la liberté d’expression et la confrontation des opinions. Les ambassadeurs des pays concernés avaient été informés longtemps à l’avance et invités. Les oppositions aussi. L’opposition érythréenne est plus présente en Scandinavie ou aux États-Unis qu’en France et personne n’avait pu venir. L’ambassade d’Érythrée n’a pas saisi l’occasion de venir et de s’exprimer. C’est un choix qui fait ressortir d’autant la patience de l’ambassadeur d’Ethiopie qui est intervenu et a écouté toutes les interventions y compris celles qui étaient particulièrement critiques ou agressives pour son gouvernement et il y en a eu quatre !

Les différences de ton des interventions ont pu surprendre certains : les militants ne font pas toujours dans la nuance alors que les universitaires ont le concept facile. Une mention cependant pour Gérard Prunier à qui revenait l’honneur d’ouvrir les débats : les images qui illustrent ses propos sont toujours très parlantes ; l’influence de l’Afrique sans doute ! – RW

    


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