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Colloque Les nouvelles d’Addis-Les Verts / Paris, Assemblée nationale, 2 février 2004

Mission réussie. Nous allons publier les actes. Nous travaillons déjà au prochain événement. Mais combien de temps encore les institutions concernées vont-elle attendre avant de se décider à soutenir financièrement le journal Les nouvelles d’Addis ?

Fondateur du journal Les nouvelles d’Addis, Alain Leterrier s’occupe plus particulièrement de son développement. Il est à l’initiative du colloque, dont il a orienté les choix et dirigé l’organisation avec Patrick Farbiaz (*). Il a ouvert les travaux avec Noël Mamère. Sans anticiper sur les actes du colloque (qui seront publiés d’ici trois ou quatre mois), Leterrier « tente d’approcher » la délicate alchimie de cet événement ; et, à défaut de faire des révélations de coulisses (ce qui serait discourtois et ne ressemblerait pas au journal), il présente quelques croquis d’ambiance.

 


ALAIN LETERRIER
 

9 et 12 février 2004. – Quelle était la recette du Colloque du 2 février, dont chacun s’accorde à dire qu’il fut un beau moment d’information, de débats, de rencontres ? Tentons d’en approcher l’alchimie à l’aide d’une sélection de faits. Et profitons-en pour dire haut et fort que, dans les jours prochains, l’équipe des Nouvelles d’Addis, renforcée de cette nouvelle réalisation à son actif, compte poser largement la douloureuse question de l’absence de moyens financiers pour le journal. Marre ! Réveillez-vous les financeurs, et frottez-vous les yeux, pour bien voir ce qui se passe autour de ce grand petit journal exceptionnel.

Qui d’autre que Les nouvelles d’Addis pourrait (saurait, voudrait) produire des objets aussi rares qu’utiles et non rémunérateurs ?
J’en profite pour annoncer que Jean-Christophe Rufin, prix Goncourt 2001, auteur de L’Abyssin et de Asmara ou les causes perdues, président d’Action contre la faim, vient d’accepter la présidence d’honneur de l’association des Amis des nouvelles d’Addis (ANA). Que cet ami sincère soit ici remercié, au nom de toute l’équipe, émue.

Il y eut bien sûr la très haute qualité des intervenants et la pluralité de leurs approches. Mais reconnaissons que c’est bien la moindre des choses, de réunir les meilleurs quand on organise une rencontre internationale.
Alors… Quoi d’autre ?
Comment se fait-il qu’un colloque dont le co-organisateur est un grand petit journal français, sans autres moyens que l’énergie et l’extrême motivation de son équipe, qui de plus se nomme « Les nouvelles d’Addis », devienne un événement, important à la fois pour les communautés, gouvernements, oppositions des pays de la grande corne d’Afrique, pour leurs partenaires et les spécialistes concernés ?
Il n’était pas grand monde pour y croire, avant que le succès soit au rendez-vous.

La sous-région (Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Somalie(s), Soudan et, par extension Yémen) est aujourd’hui principalement considérée à l’aune des stratégies antiterroristes ; dire qu’il faudrait aussi penser sa réalité et son avenir au-delà du prisme du 11-septembre semble une hérésie. Certains envisageraient sérieusement de réussir le développement avec comme outils principaux la suspicion, la prévention et la répression.

Le Colloque du 2 février fut une réussite, par ce qui s’y est dit et appris mais surtout par l’attitude attentive et bienveillante de l’ensemble des participants. Nombre d’observateurs s’en sont étonnés ; deux exemples illustrent le climat très particulier de la rencontre :
– 150 personnes présentes dans le salle au moment le plus dense (dont 38 journalistes). Chacun avait face à lui un micro ; il suffisait d’appuyer sur le bouton pour parler. Eh bien… personne n’a pris la parole sans l’avoir préalablement demandée au modérateur.
– La dernière table ronde a débuté à 18h00 et il restait plus d’un tiers des personnes dans la salle. À 19h30, les huissiers ont dû prier les irréductibles de vider les lieux : la salle de réunion d’abord, puis le salon d’accueil où les récalcitrants continuèrent la discussion longtemps encore.
Une personne habituée des colloques du commerce extérieur de la France m’a confié qu’elle n’avait « jamais vu ça ». Sincèrement, à la fin, on avait l’impression de gens très bien ensemble… Cet ambassadeur et des personnalités de son opposition, par exemple.

Bien sûr qu’il y avait des positions et des intérêts nettement divergents dans cette salle ; et qu’ils se sont exprimés sans concession. Mais on dirait que chacun s’est appliqué à communiquer respectueusement son message – ou, pour le moins, à miser sur la stratégie de politesse pour le faire passer. Ceci a un sens. Qu’on me permette de prétendre que le colloque était bien synchrone avec la philosophie de notre journal : on se dit tout mais on ne jette pas d’huile sur le feu !

Voilà ce que je souhaite souligner concernant cet événement.
– Une bizarrerie pour commencer. Monsieur Said Haji Mohamoud Farah, ambassadeur de Somalie (?), prenant la parole à l’ouverture du colloque pour dire qu’il ne participerait pas aux travaux parce qu’on ne lui permettait pas d’exprimer convenablement le point de vue de son pays (?).
Invité es-qualité, il pouvait, comme chacun des représentants des pays conviés, intervenir quand bon lui semblerait. Son argutie n’était pas sérieuse ; il est hautement probable que cet ambassadeur ne souhaitait pas se retrouver face à une ministre du Somaliland. D’où la dramatisation de son départ. La question se pose cependant de ce qu’il avait à gagner en venant…

– La protestation la plus diplomatique. Monsieur Mourad Houssein Mouti, premier conseiller de l’ambassade de Djibouti, a remercié les organisateurs de l’avoir « invité à sa demande ».
Dès la première réunion préparative du colloque, le représentant de M. Mamère, Patrick Farbiaz, avait dit qu’il était hors de question d’inviter le gouvernement de Djibouti ; question fondamentale pour les Verts, qui désapprouvent la politique de ce pays et la politique de coopération française le concernant. Notre journal n’était pas d’accord avec cette restriction, nous souhaitions inviter tous les pays. Mais, c’est ainsi, il en va de l’organisation des colloques comme des affaires amoureuses : quand la partie conjointe ne veut pas quelque chose, cette restriction a force de loi. Je m’en suis expliqué avec M. Mourad Houssein, sans omettre de lui donner mon point de vue concernant certains aspects désagréables de la politique de son pays. La détention moyen-âgeuse de Daher Ahmed Farah, par exemple.

– Le seul incident notable. Ghenette Haïlé-Michael, membre de la communauté érythréenne, interrompue par le modérateur Philippe Leymarie, puis invitée à continuer par la salle, puis tancée par Alain Leterrier au prétexte d’un « hors sujet », lui-même envoyé dans le mur par Patrick Farbiaz, volant vers un micro et déclarant essoufflé que « Les Verts ne sont pas d’accord avec ce que vient de dire Leterrier ». (Les A.G. de mai 68 longtemps après ; en fait ce fut très drôle, théâtral et décalé.) L’incident clos, Ghenette Haïlé a pu terminer son intervention.
J’ai participé de cet incident, c’est une faute de la part d’un organisateur. Ceci dit, Philippe Leymarie avait raison ; il fut un modérateur efficace et juste concernant la durée fixée des contributions, puisqu’il fallait ménager du temps pour les interventions des participants qui avaient demandé la parole. Par ailleurs, Ghenette Haïlé a produit une communication qui n’était pas dans le thème ; le fait qu’elle exprime le point de vue de son gouvernement concernant le différend frontalier avec l’Éthiopie ne posait aucun problème, puisque c’était son choix ; seulement j’aurais aimé que ce soit plutôt un représentant officiel qui le fasse, au lieu de faire passer un message en fraude, par une personne pseudoment neutre, dans une table ronde humanitaire. L’ambassade d’Érythrée, invitée, avait refusé de participer pour ne pas se retrouver face à des opposants.

– Le courage d’un ambassadeur. Madame Sahlé Work Zewdé, ambassadeur d’Éthiopie, de l’avis de nombre de personnes, a été remarquable. Dieu sait pourtant qu’elle n’avait pas la perspective facile : un parfait panel d’opposants éthiopiens face à elle (et pas des plus accomodants) ; une représentante talentueuse de la communauté érythréenne en mission politique sur les questions de la frontière ; une partie non négligeable de la salle acquise aux thèses érythréennes ou admirative du peuple de ce petit pays ; plusieurs intervenants faisant des reproches sur tel ou tel aspect de la politique de son pays. Eh bien, Madame Sahlé Work est venue ; est restée jusqu’au bout ; a fait une intervention mesurée, sans polémiquer avec personne. Parmi les propos de personnalités recueillis la concernant : « Elle a fait gagner des points à son pays » ; « Cette femme-là est trop intelligente » ; « Elle m’a fait un peu changer d’avis sur l’Éthiopie ».

– La leçon de Francophonie. Une forte délégation somalilandaise accompagnait chaleureusement son ministre des Affaires étrangères, Madame Edna Adan Ismaïl. Avant leur départ, un groupe basé à Lyon a interpellé Les nouvelles d’Addis : « Aidez-nous, aidez-nous, disaient-ils, nous avons choisi le français et la culture française, il faut que la France nous aide à monter des projets humanitaires et culturels au bénéfice de nos familles restées au pays. »
“Des roses avant le pain ?”, aurait peut-être questionné Aragon.
Je fais passer le message des Somalilandais de Lyon : Aidez-les ! Aidez la francophonie nouvelle. Et puis, on s’en fout des conventions d’usage limitant le champ francophone aux pays ayant signé l’adhésion à cette sphère politique ! Conception “murée” et dépassée de la politique internationale, délaissant les “hors zone”, par exemple les cheminots éthiopiens du chemin de fer djibouto-éthiopien et notre journal. – AL


(*) Patrick Farbiaz, président de la commission transnationale des Verts, attaché parlementaire, collaborateur de Noël Mamère.

   


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