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Colloque Les nouvelles d’Addis-Les Verts / Paris, Assemblée nationale, 2 février 2004

Un moment fort sur la Corne

Daher Ahmed Farah, président du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), participait au colloque et il y fit une intervention remarquée. Il fait part ici de ses réflexions personnelles sur l'événement.

 


DAHER AHMED FARAH
 

Un colloque sur la corne d’Afrique. Fort bonne idée. Sur les thèmes de la démocratie, de la paix, de l’exercice du pouvoir, du traitement réservé aux oppositions, du développement durable. Frappée au coin du sérieux. A Paris, dans les locaux de l’Assemblée nationale. Tout un symbole.

Depuis la Corne de cette Afrique mal aimée, plus exactement depuis notre modeste Djibouti, je m’enthousiasme à l’idée de cette prise de parole. Oui, de pouvoir prendre la parole relève de l’événement pour nous autres victimes bâillonnées de l’autoritarisme anachronique. Aussi accepté-je volontiers l’invitation des organisateurs que sont les Verts français et le journal parisien Les nouvelles d’Addis.

Cette Corne rarement évoquée autrement que sur le mode misérabiliste du triptyque troubles, maladies et morts, ce morceau d’Afrique médiatisé – comme d’autres – par ses famines et ses guerres, vaut bien une causerie dans une grande capitale européenne, actrice régionale de longue date de surcroît.
A Djibouti, où la nouvelle de la réunion a circulé à la vitesse pastorale, le pouvoir se montre d’abord curieux puis, au fil des semaines, cède à l’inquiétude. De la parole non contrôlée sur Djibouti, là-bas, à Paris, qui plus est avec des opposants et dans une grande salle de l’Assemblée française ? Voilà qui sonne suspect. La subversion, ici contenue, a-t-elle, malgré tout, pu gagner l’Hexagone ? Vigilance, vigilance.
Loin des fissures de la sérénité d’emprunt des prédateurs, les forces du changement, elles, accueillent bien l’initiative.
Accueil qui semble similaire hors Djibouti, chez bien d’autres de la diverse Corne.

Lundi 2 février 2004. Jour J. Les lieux sont pris d’assaut de bonne heure. Certains sont en avance, suivis, à l’heure, d’autres. Le flot continue encore, et la salle est bientôt comble. Plus de la centaine de participants attendus sont là.
Et la réunion de débuter. Ouverte par Noël Mamère et Alain Leterrier. Et le succès de se confirmer. Dans la participation comme dans le contenu.

La Horn est là, dans sa diversité politique, culturelle et linguistique. Elle se mêle à des non-Africains, essentiellement Européens, que la région ne laisse pas indifférents pour certaines raisons ou d’autres. Autant dire du monde : de nombreux démocrates de la Corne (encore actifs sur le terrain ou exilés), des officiels de la région -tels les ambassadeurs d’Éthiopie et de Somalie à Paris, des représentants du régime djiboutien, ou encore le ministre somalilandais des Affaires étrangères – ainsi qu’une flopée de Français et autres Européens – élus, représentants du secteur institutionnel et d’ONG, journalistes, chercheurs (politologues, anthropologues, médecins, vétérinaires), etc.
Tous manifestent un vif intérêt pour les sujets proposés. Un intérêt si vif que les temps d’intervention impartis pour les contributions et réactions se révèlent souvent insuffisants. Les modérateurs doivent constamment garder l’œil rivé sur la montre pour faire respecter les minutes. Exercice difficile tant le débat est vaste et varié.

Sans doute aurait-il fallu plus d’une journée pour mieux répondre à cette soif de parole sur la Corne.
Devons-nous relever, pour l’anecdote, l’embarras de la délégation du pouvoir djiboutien, composée – entre autres – d’un membre de l’information et du numéro deux de son ambassade à Paris qui, semble-t-il, est aux petits soins pour la nouvelle luxueuse demeure parisienne de l’autocrate, Monsieur Ismael Omar Guelleh ? Point de ces signes d’arrogance facile si courants là-bas, mais un silence inquiet que l’on ne rompt que vers la fin pour remercier les organisateurs de « l’avoir invitée à sa demande » et quémander quelques instants de bégaiements de bois. Avant de se ruer sur la sortie comme pour échapper à quelque danger. La peur est prompte à changer de camp hors du cadre sous contrôle.

Journée bien remplie donc que celle de ce lundi 2 février 2004. Beaucoup a été dit, loin du discours de complaisance dont les pouvoirs autoritaires raffolent. Beaucoup pour plus de paix, de liberté, de concorde et de progrès sur le terrain. Mais aussi pour moins de cynisme de la part des puissants.
Peu déçu, je remercie toutes celles et ceux qui ont contribué à ce moment fort sur la Horn. Moment significatif à bien des égards.
Je ne peux qu’émettre le souhait d’une suite et que les cris de détresse qui s’y sont élevés ne se dissipent pas dans les déserts de la realpolitik à courte vue. – DAF

    


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