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Colloque Les nouvelles d’Addis-Les Verts / Paris, Assemblée nationale, 2 février 2004

Les deux erreurs du conseiller

« Certains donnent parfois l’impression d’avoir plus besoin d’ennemis que d’amis », soutient Alain Leterrier, qui signe une charge polémique contre un conseiller de l'ambassade d'Érythrée à Paris à propos du Colloque du 2 février. Il va sans dire que les propos amusés du co-organisateur n’engagent que lui.

 


ALAIN LETERRIER
 

21 février 2003. – Certains donnent parfois l’impression d’avoir plus besoin d’ennemis que d’amis. C’est le cas du Dr Ahmed Hassan Dehli, conseiller à l’ambassade d’Érythrée à Paris. Par ses manœuvres fort peu diplomatiques, il vient de réussir l’exploit de fâcher de solides amis de l’Érythrée.

Reprenons au début.
Dans sa phase de proposition, le collectif d’organisation du Colloque du 2 février envisageait la participation de quatre intervenants érythréens : Hanna Simon-Ghebremedhin, ambassadeur ; Ahmed Dehli, directeur du Centre d’études stratégiques ; Guenet Haïlé, association France-Érythrée ; Abdallah Idriss, vice-président de l'Alliance nationale érythréenne (1).

Bien que cette proposition constituait un traitement de faveur pour l’Érythrée (2), Ahmed Dehli avait instantanément réglé la question : « Nous ne viendrons pas à ce colloque » – avant même d’en référer à qui que ce soit – ajoutant : « Il est hors de question de participer à une réunion avec des membres de l’opposition de l’extérieur » (3).

Mais il s’agissait là de la position de M. Dehli ; nous eûmes la naïveté d’estimer que l’Érythrée aurait à cœur de se saisir de cette tribune (à l’assemblée des représentants du peuple de France), pour y développer sa position, notamment concernant la douloureuse question de la guerre et de la paix avec l’Éthiopie, mais aussi sur certaines nouvelles perspectives, ouvertes aux stratégies érythréennes par l’évolution de la situation au Soudan.
De plus, notre démarche n’était que préparatrice ; l’invitation officielle sera envoyée par le député Noël Mamère, autorité invitante du colloque tenu à l’Assemblée nationale.

C’était ne pas tenir compte de bien curieuses stratégies…
La réponse officielle à l’invitation de Noël Mamère s’est fait attendre ; puis elle n’est jamais venue. Aux négociations de proximité ont alterné les médiations. En vain. Culture de la guerre de l’ombre : surtout ne jamais rien écrire. Procédures d’un autre âge ; il s’agit de diplomatie – donc de formes et de politesse ; c’est en France que ça se passe !
On ne m’ôtera pas de l’esprit que certains servent fort mal les intérêts de leur nation. D’autant que, ce n’est un mystère pour personne, l’entourage de M. Mamère était (ÉTAIT) très bienveillant vis-à-vis de la politique érythréenne – ou, du moins, de l’image qu’il s’en faisait.

Seulement voilà, le Colloque du 2 février fut un succès ! La stratégie de la chaise vide n’a pas porté ses fruits ; la prime d’estime est revenue à « l’intelligente » et « courageuse » (4) représentante du grand voisin : qui était présente, qui est restée jusqu’à la fermeture, qui a dialogué avec le plus de personnes possible, qui a encaissé les accusations de plusieurs composantes de l’opposition éthiopienne, qui a écouté sans broncher les arguments de l’intervenante de la communauté érythréenne (personnalité non-officielle mais texte solidement bordé).

Il y eut aussi l’intervention fort remarquée de l’ambassadeur de France à Asmara, qui a résumé en quelques mots ce qu’il développait sur trois pages dans Les nouvelles d’Addis (5) : la nécessité d’une sortie de la crise érythréo-éthiopienne ; l’Éthiopie doit accepter la décision de la commission de la frontière ; la politique économique de l’Érythrée pose problème ; la question des droits de l’Homme aussi (6).

Personne pour porter hautement la parole de l’Érythrée, pour cultiver l’image positive de ce petit pays courageux et en lutte contre la mondialisation libérale dans l’inconscient de l’intelligentsia de gauche, du centre, de la droite moderne et des médias. Problème. Des reproches ont certainement dû pleuvoir sur l’ami Dehli, au plus haut niveau.

Donc, dans la hâte, des contacts politiques ont été noués. En marge du colloque, dans l'opposition : un responsable du secteur international du Parti communiste français, par exemple, et… l’entourage de Noël Mamère (apprécions la subtilité toute particulière du truc : on ne répond pas à l’invitation publique du député et on lui propose un rendez-vous feutré).

Un courrier-fax fut donc adressé « À l’attention du Secrétariat de Monsieur Patrick Farbiaz » (attaché parlementaire de Noël Mamère), pour solliciter une rencontre, « demandée dans un premier temps pour une visite de courtoisie et pour un entretien sur la situation actuelle de l’Érythrée ».
Dixit. Au fond, il est peut-être vrai qu’envoyer un courrier est dangereux. Surtout quand règne un peu de désordre dans son carnet d’adresses. Par erreur, ce courrier a été faxé… aux Nouvelles d’Addis.
Et votre serviteur (mort de rire) a de suite téléphoné à Farbiaz, pour lui en communiquer la substance.

Se rendant compte de l’erreur, ou ne voyant pas la réponse poindre et voulant enfoncer le clou, M. Dehli a, dès le lendemain, téléphoné lui aussi à l’attaché parlementaire de M. Mamère, sur son portable.
Sauf que (gag), Farbiaz est actuellement en mission au pays des orpailleurs et du mercure (Guyane), où il travaille à constituer une liste écologiste. Donc, décalage horaire aidant, M. Dehli a joint, à 6h00 du matin, un garçon fatigué et soucieux de bien d’autres choses que des intérêts de l’État d’Érythrée et des manœuvres connexes.
Sans dévoiler de grands secrets, disons que les propos de Patrick Farbiaz ont été plutôt vifs. Et que M. Dehli, ayant tenté de se défausser en accusant Les nouvelles d’Addis, s’est une nouvelle fois cassé le nez.
Dommage pour l’Érythrée. Seconde erreur du conseiller. – AL


(1) Deux représentants officiels du pays, une membre de la communauté érythréenne en France, un opposant historique vivant à l’étranger. Cf. document interne du 3 décembre 2003, remis à Ahmed Dehli le 7 décembre 2003.
(2) Pour mémoire, précisons que ledit document interne envisageait, concernant l’Éthiopie : un représentant officiel, deux opposants, une personnalité indépendante ; et, concernant Djibouti : aucun représentant officiel et trois opposants.
(3) Remarque audacieuse, quand on sait que l’opposition érythréenne “de l’intérieur” est en prison avec les journalistes.
(4) Mots glanés dans de nombreux propos “off” de participants au colloque.
(5) « Érythrée. Un pays qui reste digne en toutes circonstances », entretien avec Gérard Sambrana, ambassadeur de France en Érythrée, propos recueillis par Alain Leterrier, Les nouvelles d’Addis n° 39, pp. 4, 5, 6. [Le titre est de la rédaction.]
(6) J’énumère de mémoire, que l’Ambassadeur Sambrana ne me tienne pas rigueur d’une éventuelle imprécision. Les enregistrements sont en cours de décryptage ; nous publierons l’intégralité des contributions, questions, débats dans les actes du Colloque du 2 février, qui seront édités d’ici trois ou quatre mois.

    


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