| Beau projet que celui de lassociation Kélissa, basée en Lozère (France), région réputée pour son austérité géographique et pour ses paysages splendides, mais aussi pour le caractère de ses habitants attachés à cette terre à qui on peut demander, mais dont on ne peut exiger plus quelle ne peut donner. Une ressemblance avec les terres de lAfar éthiopien, rudes pour leurs habitants. Cest peut-être ce qui a sensibilisé les initiateurs du projet.
La formation à lapiculture
Le long de la rivière Awash (Éthiopie), on récolte du miel sauvage, mais trop souvent en détruisant les abeilles et les essaims, quand ce ne sont pas les arbres eux-mêmes. Lidée de départ était de faire venir en France deux femmes Afar et de leur apprendre des techniques modernes de production apicole. En Lozère, on a pensé quil serait peut-être plus sage dévaluer les sites de production envisagés et les moyens de sy adapter.
Depuis Janvier 2006, Aïcha Dabale, très investie dans la défense de la cause Afar et Geneviève Molines présidente de lassociation Kélissa uvrent pour mettre en place un projet de développement construit sur la prise en compte de la globalité des préoccupations des villageois dHanlé Dabi (village Afar situé aux portes du désert du Danakil, où « le chacal lui-même fait son testament avant dy pénétrer » (proverbe Afar).
Leur volonté est de co-construire sur place, avec les habitants, des réponses adaptées aux préoccupations exprimées et surtout pas dimporter des solutions clé en mains bien occidentales et en total décalage avec lAfaristan.
Depuis, une réelle coopération sest instaurée entre des apiculteurs Lozériens, Philou Thomas du GAEC du Haut-Tarn au Pont-de-Montvert (48) ainsi que Nadou Thoyer et les villageois dHanlé Dabi.
Ainsi, au départ, quelques ruches sont achetées grâce à lopération « Labeille, sentinelle de lenvironnement », initiée par lUnion nationale de lapiculture française (Unaf). Deux formations suivront en octobre 2006 et février 2007 pour initier les habitants du village aux techniques de base afin de développer une activité dapiculture productive (fabrication de ruches, vie de labeille, cycles de floraison, capture dessaims, division des colonies
). Jusquà la récolte où chacun a pu apprendre le traitement du miel et son conditionnement.
Après de multiples réflexions, études, confrontations avec des professionnels locaux, cest la ruche kenyane qui est choisi comme habitat pour accueillir les abeilles. Cathy Pantel, menuisière de formation, prépare un prototype en respectant les côtes particulières de lapiculture dAfaristan et 14 ruches seront reproduites à Adis-Abeba selon le modèle amené.
Cathy et Lulu, bâtisseur au Pont-de-Montvert, utilisent leur temps et leur énergie pour la réalisation dun local apicole (miellerie).
Ce local a été construit avec des matériaux locaux ; il sert à entreposer le matériel et la récolte. Reste une angoisse, celle des prédateurs des ruches. Les habitants ont mis en place des sentinelles pour les « sentinelles de lenvironnement » afin que les abeilles ne sen aillent pas. « Maintenant les femmes sont jalouses des abeilles », dit un villageois, qui permet de stocker le matériel utilisé et la future production de miel.
Ce projet de Kélissa a reçu le soutien de lambassade de France en Éthiopie, de lInstitut national vétérinaire éthiopien ainsi que du Conseil général de Lozère, du Conseil régional Languedoc-Roussillon et de lUnaf, en France. De nombreux particuliers et commerçants lozériens se sont investis dans ce projet, soit par leurs savoir-faire (menuiserie, maçonnerie
), soit par leurs dons (médicaments, tenues et matériels destinés aux apiculteurs
), soit encore par leurs missions de formation, dinformation et de soins sur place.
Développer léducation et prendre en compte lensemble des difficultés quotidiennes
Mais pour que ce projet se développe et devienne autonome il faut que les habitants dHanlé Dabi bénéficient des infrastructures de base dont ils sont encore privés. Aussi Kélissa participe à faciliter laccès à leau pour les plus démunis du village
Autre lacune, celle de lenseignement. Lécole ne fonctionne quépisodiquement, selon le degré de résistance des instituteurs, issus dautres régions et cultures éthiopiennes et qui ont du mal à sadapter au rude mode de vie dHanlé Dabi. Seuls le chef du village et lun des responsables de la coopérative apicole savent lire et écrire. Développer lenseignement permettrait de lutter contre les pratiques néfastes (mutilations génitales féminines, notamment) et dassurer une information dans les domaines de la santé et de lenvironnement. Cest en tout cas ce que pense Laura Molines, étudiante à Saint-Chély dApcher (Lozère) qui travaille sur un projet : éducation de base/éducation à lenvironnement.
Le projet de Kélissa à Hanlé Dabi a retenu lattention par son caractère humaniste mais aussi pour sa volonté de développer lautonomie des villageois. Lobjectif est bien de donner « un coup de pouce », dimpulser une dynamique sociale certes, mais aussi économique, génératrice de revenus et dindépendance et non de sinscrire dans lassistanat.
Des ruches qui se multiplient, des villageois formés à de nouvelles techniques aisément adaptables et un revenu complémentaire. Mais au-delà de ces premières réalisations est né un besoin douverture et déchange qui passe par lécole, la mobilité, la santé
toutes choses bien modestes à notre échelle mais essentielles pour le développement.
Cest pourquoi lassociation Kélissa poursuit inlassablement son projet et quelle appelle toutes les bonnes volontés à lui donner un kélissa pour Hanlé Dabi.
Apimondia 2009 à Montpellier
En septembre 2009, lUnion nationale de lapiculture française organisera Apimondia 2009 à Montpellier, une grande rencontre internationale dapiculture à laquelle prendront part des apiculteurs dHanlé Dabi. Une bonne occasion pour eux de découvrir les richesses insoupçonnées de lapiculture et surtout de faire connaître leur coopérative et leur production.
http://www.unaf-apiculture.info/
http://www.apimondia2009.com/
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